太阳底下没有新鲜事,过去百年投资大佬发家史

Rien de nouveau sous le soleil : l’histoire centenaire des investisseurs éminents

BroadChainBroadChain23/01/2020 16:58
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Résumé

Est-il réaliste de devenir riche grâce au trading d’actions ?

Source : Junlin

Récemment, un lecteur a posé une question pleine d’interrogations à Junlin :

« L’année dernière, le marché boursier A chinois était en baisse. La plupart des actions que j’ai achetées ont perdu la moitié de leur valeur, et j’ai subi des pertes considérables… Sigh… »

« Pouvez-vous me dire si, pour une personne ordinaire comme moi, devenir riche grâce à la spéculation boursière est vraiment réaliste ? »

Après avoir longuement réfléchi, je me suis rendu compte qu’il serait difficile de répondre à cette question en quelques mots. Peut-être qu’une histoire complète sur l’ascension d’un influenceur boursier vous apportera une certaine inspiration.

1

Revenons un siècle en arrière.

Au début du XXᵉ siècle, l’état du marché boursier américain ressemblait beaucoup à celui de la Chine aujourd’hui.

L’économie connaissait une croissance fulgurante, positionnant le pays comme une future superpuissance mondiale. Les prix de tous les actifs étaient en forte hausse : spéculations immobilières, opérations boursières, activités de courtage et de revente — tout le monde y trouvait son compte, et tout le monde pouvait réaliser d’importants bénéfices.

Cette époque fut surnommée « l’Âge de la Belle Époque » (ou « l’Âge doré »).

À l’époque, le marché boursier était manipulé par des oligarques financiers et des marchands clandestins, ce qui entraînait des fluctuations extrêmes et un grand désordre.

Le plus célèbre des oligarques financiers était J.P. Morgan.

Il avait réalisé sa première fortune dans le commerce du café, puis fonda la banque J.P. Morgan & Co. En 1873, il remporta une victoire sans précédent face à la famille Rothschild européenne lors d’un appel d’offres massif lancé par le gouvernement américain pour le financement d’obligations publiques, ce qui marqua le début de son ascension.

Vers 1900, le groupe Morgan mena plusieurs transactions historiques : il fusionna plusieurs entreprises électriques (dont celle de Thomas Edison, l’inventeur légendaire) afin de créer General Electric ; il réorganisa également plusieurs sociétés sidérurgiques (dont celle d’Andrew Carnegie, le « roi de l’acier ») pour former U.S. Steel.

En 1912, le groupe Morgan contrôlait un tiers des actifs bancaires américains, deux tiers des actifs d’assurance, deux tiers des actifs ferroviaires et un quart des actifs industriels.

Le plus célèbre des manipulateurs de marché était Jay Gould.

Il commença sa carrière comme simple géomètre, avant de devenir directeur général d’une société ferroviaire américaine.

Pendant son mandat, cet individu a versé d’importantes sommes d’argent à des députés gouvernementaux, fait coter en bourse une entreprise par fraude comptable, spéculé sur des concepts vagues, procédé à des augmentations de capital à des cours élevés, vendu massivement ses actions pour réaliser des bénéfices, provoqué une panique généralisée afin de faire chuter les cours et racheter ensuite à bas prix — autant de manœuvres lui ayant permis d’accumuler une richesse considérable.

Par exemple, le concept de « Vendredi noir » provient d’une crise de panique orchestrée par Gould.

À cette époque chaotique, des oligarques financiers tels que Morgan ou la famille Rockefeller, ainsi que des manipulateurs clandestins et prédateurs comme Gould, étaient légion.

À cette époque, les marchés boursiers connaissaient des hausses et des baisses extrêmes, sans lien apparent entre les fluctuations des cours et la valeur réelle des entreprises.

Le marché boursier ressemblait donc à un casino : certains devenaient du jour au lendemain des millionnaires, tandis que d’autres pouvaient se retrouver ruinés — voire endettés — en une seule nuit.

Il était impossible de prédire avec certitude si le cours d’une action monterait ou baisserait le lendemain.

Pourtant, deux jeunes hommes y sont parvenus. Ils ont rapidement acquis une renommée exceptionnelle sur les marchés boursiers et ont été surnommés les « dieux de la Bourse » de leur époque.

Ces deux hommes étaient Jesse Livermore (1877–1940) et William Delbert Gann (1878–1955).

Tous deux étaient issus de milieux modestes et avaient décroché très jeunes un poste de courtier dans une société de valeurs mobilières, où ils exécutaient des ordres d’achat et de vente pour leurs clients.

Livermore s’était fait connaître plus tôt : à 15 ans, il avait quitté sa maison pour tenter sa chance, investissant immédiatement tout son salaire dans la Bourse — alors qu’il ne gagnait que 20 dollars par mois.

Peu importait : grâce à un don naturel, il possédait une sensibilité exceptionnelle aux variations numériques des cours. Profitant avec précision des tendances haussières et recourant au levier financier, il fit passer son capital initial à 10 000 dollars en seulement un an.

Toutefois, ce succès ne dura pas longtemps : lors du marché baissier suivant, les pertes subies par Livermore furent colossales, réduisant presque à zéro sa fortune accumulée.

Mais un jeune homme ne se résigne pas facilement à une défaite. Pour lui, ce n’était qu’un simple coup de malchance.

En 1901, les marchés américains entrèrent à nouveau dans une phase haussière. Livermore emprunta 5 000 dollars et retourna sur le marché, réalisant rapidement un profit de 50 000 dollars.

Au cours des années suivantes, sa fortune continua de croître exponentiellement, atteignant 5 millions de dollars à l’âge de 31 ans.

À l’époque, 5 millions de dollars équivalaient approximativement au statut de milliardaire d’aujourd’hui.

Selon les journaux à sensation de l’époque, après avoir fait fortune, Jesse Livermore menait une vie extrêmement luxueuse : il avait acheté une villa à Manhattan, un yacht, fréquentait les clubs haut de gamme de New York et entretenait d’innombrables maîtresses.

Son idole était J. P. Morgan.

Cependant, il semble qu’il n’ait pas eu la même chance que Morgan.

Quelques années plus tard, il fit à nouveau faillite.

Cette défaite le plongea dans la souffrance et le fit douter de sa propre existence. Parallèlement, une nouvelle étoile montante émergeait.

Il s’agissait de William D. Gann.

Gann était un an plus jeune que Livermore, mais entra sur le marché boursier dix ans après lui.

Il connut également une notoriété tardive : ce n’est qu’en 1908, à l’âge de 30 ans, qu’il commença à se faire connaître sur Wall Street.

Contrairement à Livermore, dont le talent résidait dans le trading, la sensibilité aux tendances du marché et le style audacieux et spectaculaire, Gann excellait davantage dans la recherche théorique et est considéré comme le père fondateur de l’analyse technique.

Il estimait que les cours des actions ne suivaient pas un mouvement chaotique, mais étaient prévisibles.

Chaque action possédait une volatilité spécifique qui régissait ses hausses et baisses. En analysant les tendances historiques et en combinant mathématiques et géométrie, il développa toute une série de théories d’analyse technique.

Par exemple, la loi des cycles, les lignes angulaires de Gann, le carré de Gann ou encore l’hexagone de Gann.

À cette époque, le marché connaissait une forte hausse (bull market), et les investisseurs utilisaient ses théories techniques pour guider leurs décisions d’achat et de vente. Selon la rumeur, leur taux de précision était extrêmement élevé, ce qui suscita rapidement un engouement médiatique sans précédent.

Les médias de l’époque décrivaient ainsi Gann :

« Il était tout simplement extraordinaire : on raconte qu’il aurait transformé 130 dollars en 12 000 dollars, avec un taux de réussite supérieur à 90 % ! Une telle méthodologie légendaire en matière de trading n’avait jamais été vue auparavant sur les marchés financiers ! »

Porté par la vague médiatique, Gann publia successivement plusieurs ouvrages, notamment La Vérité sur les cours boursiers, Le Sélectionneur d’actions de Wall Street, La Philosophie d’investissement de Gann et Quarante-cinq ans à Wall Street

Au cours de sa vie, Gann publia des dizaines d’ouvrages, chacun s’étant vendu à plus de 100 000 exemplaires.

En tant que nouvelle idole du marché boursier, il attirait des visiteurs venus de loin, dont Jesse Livermore.

Ils se rencontrèrent à plusieurs reprises et s’admiraient mutuellement pour leurs réalisations et leur renommée, mais ne parvinrent jamais à collaborer en raison de divergences fondamentales dans leurs approches.

Quelles étaient ces différences ?

Gann était d’abord et avant tout un théoricien. Ses deux principes fondamentaux étaient les suivants :

Premièrement, le marché boursier suit des cycles et des tendances majeures ; il faut donc agir dans le sens de la tendance, et non contre elle.

Au sein de cette tendance majeure existent des tendances mineures. En identifiant les probabilités offertes par les schémas historiques de hausse et de baisse des cours, on peut accumuler progressivement des gains modestes qui, au fil du temps, se transforment en richesse substantielle.

Deuxièmement, pour générer des profits durables sur les marchés boursiers, il est impératif d’apprendre à couper ses pertes.

Il convient de fixer avec précaution un seuil de perte maximal : dès que ce seuil est dépassé, il faut sortir immédiatement du marché, sans aucune hésitation ni nostalgie.

Seul le capital préservé permet de rebondir.

Selon Gann, Livermore était trop cupide : il ne pensait qu’à réaliser de gros gains, multipliant les leviers financiers, ce qui augmentait considérablement le risque d’un échec retentissant.

Livermore, quant à lui, était issu de la pratique. Il ne croyait pas du tout à la théorie consistant à profiter des fluctuations de court terme pour accumuler progressivement des gains modestes.

Pour lui, les gros gains ne pouvaient être obtenus grâce aux simples variations à court terme des cours, mais uniquement via des mouvements importants. Autrement dit, il ne suffit pas d’observer les fluctuations isolées : il faut plutôt identifier la tendance majeure d’un titre ou l’évolution générale du marché.

Tout miser sur une seule opération décisive.

Autrement dit, bien que Livermore fût également un spéculateur, il évitait soigneusement les transactions à très court terme, estimant que plus les opérations sont fréquentes, plus les erreurs sont nombreuses, et plus la probabilité d’échec augmente.

Seuls les moments clés doivent être saisis, afin d’accroître la précision des décisions, puis exploiter pleinement ces opportunités grâce à l’effet de levier.

La capacité à identifier correctement les grandes tendances repose davantage sur une intuition aiguë du « climat » du marché.

Quant aux probabilités mathématiques ou aux figures géométriques, il les considérait comme de simples tours de passe-passe trompeurs, totalement inexactes.

Autrement dit, bien qu’ils soient tous deux des spéculateurs réputés sur les tendances, leurs styles de spéculation sont totalement différents :

L’un adopte une approche conservatrice, visant à accumuler progressivement des gains, en vendant haut et en rachetant bas lors des fluctuations à court terme, et en faisant confiance aux probabilités mathématiques pour faire « rouler la boule de neige » ;

L’autre adopte une approche plus agressive, cherchant à remporter un gain décisif d’un seul coup, en amplifiant l’effet de levier lors des grandes fluctuations cycliques, et en s’appuyant sur son talent et son expérience.

Quelle que soit l’ampleur de leurs différences conceptuelles, tous deux sont devenus des gagnants dans la super bulle haussière des années 1920, réalisant des profits considérables et étant dès lors élevés au rang de figures quasi mythiques.

2

Les livres de Gann se vendaient de mieux en mieux, et ses formations en présentiel atteignaient le prix exorbitant de 5 000 dollars américains.

À l’époque, 5 000 dollars équivalaient à environ 500 000 yuans d’aujourd’hui, ce qui illustre clairement leur popularité exceptionnelle.

Livermore emprunta de l’argent à des tiers et réussit, pour la troisième fois, son retour triomphal, portant ainsi son actif à plusieurs dizaines de millions de dollars, ce qui lui valut une place dans le classement des 500 personnes les plus fortunées.

En 1923, un écrivain interviewa Livermore et publia, inspiré par sa vie extraordinaire marquée par trois chutes et trois reprises spectaculaires, le best-seller mondial « Reminiscences of a Stock Operator » (« Souvenirs d’un opérateur boursier »).

Ce livre permit à Livermore, tout comme à Gann, de passer à la postérité.

En 1929, le marché boursier entra dans une phase d’euphorie : l’argent affluait de tous les coins du pays vers Wall Street, les particuliers investissaient l’intégralité de leurs salaires et de leurs fonds de retraite dans les actions, et même les marchands ambulants ou les ménagères achetant des légumes discutaient activement de la Bourse.

Livermore prit conscience de l’imminence de la crise. Doté d’une sensibilité extrême aux grandes tendances cycliques, il décida alors de passer en position de vente à découvert.

Il passa minutieusement en revue divers journaux financiers afin d’y déceler des signaux annonçant un ralentissement économique, une surcapacité de production ou encore des changements dans la politique monétaire, afin de corroborer sa décision.

Il était convaincu que, après dix ans de prospérité, le marché boursier connaîtrait inévitablement un retournement ; il suffisait simplement d’identifier la « mèche » déclencheuse. S’il parvenait à miser juste cette fois-ci, sa fortune deviendrait colossale.

En septembre 1929, le premier signal apparut.

Une importante escroquerie financière éclata au Royaume-Uni. Afin de stabiliser les marchés, la Banque d’Angleterre envisagea une hausse des taux d’intérêt, et la Réserve fédérale américaine était très susceptible de suivre cet exemple.

La hausse des taux d’intérêt bancaires ralentit inévitablement la production industrielle et réduit les liquidités sur les marchés boursiers, ce qui pourrait très probablement faire éclater la bulle spéculative qui règne actuellement.

Livermore saisit cette opportunité et engage l’intégralité de sa fortune pour une opération massive de vente à découvert.

Dans les un ou deux mois suivants, le marché boursier américain connaît effectivement une crise financière sans précédent, provoquant la faillite d’innombrables traders en une seule nuit.

Livermore, quant à lui, réalise un profit de 100 millions de dollars lors de cette opération, ce qui le propulse au rang des plus grands fortunes mondiales.

La crise financière de 1929 constitue l’un des événements les plus importants du XXᵉ siècle : elle transforme durablement le paysage économique mondial, déclenche la Seconde Guerre mondiale, précipite l’effondrement de l’Empire britannique et le déclin de l’Europe, tout en provoquant des troubles politiques dans les régions en développement, poussant nombre d’entre elles vers des orientations idéologiques de gauche. Elle marque également un tournant décisif dans l’histoire moderne de la finance.

Sur le plan politique tout d’abord, les gouvernements nationaux renforcent progressivement leur surveillance de l’économie de marché libre et adoptent des mesures contracycliques, notamment de vastes programmes d’investissement dans les infrastructures, des politiques protectionnistes axées sur les droits de douane et le commerce, ainsi que des initiatives visant à moderniser les industries.

En 1934, la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine est créée, imposant à toutes les sociétés cotées l’obligation de publier des états financiers complets et fiables, tout en menant une lutte sévère contre la fraude boursière et les manipulations de marché.

La même année, Livermore, « le roi de la spéculation », fait à nouveau faillite au cours d’une nouvelle période de turbulence boursière ; quelques années plus tard, ruiné et désespéré, il met fin à ses jours d’un coup de feu.

Son testament contient ces mots : « Ma vie a été un échec. »

Face à la dépression boursière, les méthodes d’investissement de Gann perdent de leur efficacité et ses ouvrages connaissent une baisse progressive des ventes.

Gann meurt en 1955 à l’âge de 78 ans, ne laissant derrière lui qu’un patrimoine d’une dizaine de milliers de dollars, soit environ l’équivalent de la richesse d’un ménage américain moyen appartenant à la classe moyenne.

Une ère vient ainsi de prendre fin.

À compter de ce moment, les spéculateurs techniques orientés vers les tendances disparaissent progressivement du devant de la scène financière, sans qu’aucun nouveau personnage exceptionnel n’émerge par la suite.

Durant le grand krach boursier de 1929, certains investisseurs gravement touchés font preuve d’un profond remise en question et d’une soudaine prise de conscience.

Ils rejettent l’obsession traditionnelle des analystes techniques pour les figures ondulatoires et se tournent désormais vers l’étude fondamentale de la valeur intrinsèque des entreprises cotées, ouvrant ainsi la voie à une approche scientifique de l’investissement.

Si la théorie technique de Gann peut être comparée à l’astrologie de l’ère pré-scientifique, les manœuvres stratégiques de Livermore rappellent quant à elles l’armée impériale mongole.

Ensuite, l’un après l’autre, sont apparus dans le monde de l’investissement des figures comparables à Copernic, Darwin et Newton.

Tous avaient été des victimes de la Grande Dépression.

Le premier est Benjamin Graham (1894–1976), un homme dont la vie fut marquée par d’innombrables épreuves.

Mencius déclara : « Lorsque le Ciel s’apprête à confier une grande mission à un individu, Il éprouve d’abord son esprit, fatigue ses muscles et ses os, affame son corps, appauvrit ses ressources, perturbe ses actions ; ainsi Il fortifie sa résolution et développe ses capacités. »

Graham incarne parfaitement cette maxime.

À l’âge d’un an, ses parents quittèrent l’Europe pour les États-Unis afin d’y chercher du travail, vivant alors en exil ;

À neuf ans, son père décéda, privant la famille de toute source de revenu et aggravant encore leur précarité ;

À quatorze ans, sa mère perdit tout en bourse, laissant la famille dans une extrême pauvreté ;

À vingt-trois ans, lors de sa première gestion d’un compte boursier pour autrui après l’obtention de son diplôme, il perdit intégralement les fonds du client, entraînant le gel du compte ;

À trente ans, le premier fonds spéculatif qu’il créa fut contraint à la dissolution en raison de conflits entre actionnaires ;

À trente-six ans, la société d’investissement qu’il fonda à nouveau fut presque ruinée lors de la crise financière de 1929, entraînant la perte quasi totale de ses économies accumulées toute sa vie.

Pourtant, ces épreuves ne brisèrent pas Graham. Dans une profonde réflexion, il se renforça intérieurement et, durant ces années sombres, rédigea des ouvrages révolutionnaires tels que Sécurité Analysis et The Intelligent Investor, établissant ainsi sa place légendaire de « Newton » de l’investissement fondamental.

Dans ses dernières années, Graham dispensa des cours à l’Université Columbia, formant des générations d’étudiants. Sa doctrine, telle une torche, guida d’innombrables disciples vers les portes de l’investissement scientifique.

Quelle était donc la pensée centrale de Graham ?

Deux points :

Premièrement, accorder une importance primordiale à la marge de sécurité.

Ayant été trop profondément affecté par les turbulences boursières, il place la gestion des risques en tête de ses priorités d’investissement, exigeant une sécurité absolue.

Il exige donc une valorisation suffisamment basse et n’achète que des « actions mégots », c’est-à-dire des titres dont le cours ne peut plus baisser.

Deuxièmement, privilégier l’analyse financière.

Effectuer une analyse quantitative des actifs, des revenus, des bénéfices, des passifs et des bénéfices futurs attendus de toute société cotée afin d’en déterminer la valeur intrinsèque et d’évaluer la faisabilité de l’investissement.

Tout doit reposer sur des données factuelles, évitant ainsi les spéculations, les rumeurs et les décisions impulsives.

Parmi les élèves de Benjamin Graham figurent des personnalités renommées du monde de la gestion de fonds, telles qu’Irving Kahn, Walter Schloss et Seth Klarman.

Mais le plus célèbre d’entre eux est sans aucun doute Warren Buffett.

3

Warren Buffett partage une enfance très similaire à celle de la plupart des Chinois.

Il est né dans la petite ville américaine d’Omaha, située dans l’intérieur des terres, où son grand-père tenait une épicerie et son père travaillait comme employé bancaire — une origine tout à fait ordinaire.

C’était en 1930, au cœur de la Grande Dépression : les banques faisaient faillite et son père perdit également son emploi.

Pour contribuer aux revenus familiaux, Buffett, âgé de seulement 6 ans, achetait en gros de la gomme à mâcher et du Coca-Cola qu’il revendait dans les rues ; à 13 ans, il se mit à vendre des journaux.

Durant ses études secondaires, Buffett acheta plusieurs machines à flipper d’occasion qu’il installa dans des salons de coiffure, partageant les recettes à parts égales avec les propriétaires.

Ce type d’activité ressemble à celles que l’on retrouve aujourd’hui dans les centres commerciaux (machines à peluches) ou dans les casinos (machines à sous) : extrêmement rentable, mais aussi très facile à imiter.

Sans incident majeur, Buffett aurait probablement poursuivi sa trajectoire vers la réussite entrepreneuriale modeste.

Pourtant, un imprévu survint : durant son adolescence, le jeune Buffett devint passionné par les actions et en fit sa vocation pour la vie.

Ce choix découle de la réflexion de Warren Buffett :

Dans son enfance, il vendait de la gomme à mâcher et du Coca-Cola dans les rues : il s’agissait d’un métier pénible, à très faible marge bénéficiaire, rendant difficile l’accumulation d’une fortune importante ;

Par la suite, il se lança dans l’exploitation de machines à sous (« pinball »), une activité apparemment plus facile et à forte marge bénéficiaire, mais qui était, en réalité, un secteur fortement capital-intensif ;

Au départ, vous identifiez une opportunité commerciale et profitez d’un avantage lié à un différentiel d’information, ce qui vous permet de réaliser certains bénéfices ;

Cependant, avec l’afflux de concurrents, les coûts de loyer augmentent fortement, et la concurrence se joue alors essentiellement sur la capacité financière de chacun ;

Il est évident que Warren Buffett ne disposait pas d’une telle puissance financière, ce qui rendait, au final, difficile la génération de profits substantiels, le contraignant à abandonner ce secteur.

Comment un individu ordinaire peut-il alors accumuler une grande richesse, sans bénéficier d’un avantage monopolistique fondé sur une technologie ou une licence ?

Uniquement en tirant parti d’un différentiel d’information.

C’était précisément le cas au début de l’activité des machines à sous, tout comme pour bien d’autres secteurs commerciaux : acheter bas et revendre cher, en profitant des opportunités de profit offertes par ce différentiel d’information.

Puisque, fondamentalement, tous ces modèles reposent sur l’exploitation d’un différentiel d’information, pourquoi ne pas simplement acheter des actions ?

Les coûts supplémentaires requis sont minimes, la liquidité excellente, et, tant que vous possédez un esprit entrepreneurial et savez saisir les opportunités, cela constitue théoriquement la meilleure plateforme disponible.

Ayant pris conscience de cet avantage, Warren Buffett commença progressivement à délaisser ses petites entreprises pour concentrer son intérêt sur le marché boursier.

Et, tout comme 99,9 % des investisseurs particuliers, Warren Buffett débuta sa carrière boursière en étudiant les graphiques des vagues boursières, pratiquant le « buy high, sell low », obtenant ainsi des résultats médiocres.

Toutefois, contrairement à la plupart des investisseurs particuliers, Warren Buffett aimait lire, empruntant et lisant quasiment chaque livre sur les actions disponible à la bibliothèque.

À cette époque, les livres sur les actions étaient dominés par les approches techniques, les méthodes de Gann ou encore « Reminiscences of a Stock Operator » (« Souvenirs d’un opérateur boursier ») ; Warren Buffett les lut un par un, jusqu’à découvrir « The Intelligent Investor » (« L’investisseur intelligent ») de Benjamin Graham.

Enfin, il eut l’impression que ce livre avait touché directement son cœur, lui apportant une clarté soudaine.

Lors de ses études supérieures, il a choisi l’Université Columbia et est officiellement devenu élève de Benjamin Graham.

Alors, quelle est la principale différence entre lui et les autres investisseurs particuliers ?

Warren Buffett a pris conscience plus tôt que d’autres des limites de l’approche spéculative fondée sur l’analyse technique, et s’est engagé résolument sur la voie scientifique de l’investissement de valeur.

Cette année-là était 1950, et Buffett avait alors 20 ans.

Après l’obtention de son diplôme, Buffett a travaillé quelques années comme courtier en actions, puis a commencé à investir personnellement. Son travail quotidien consistait à recueillir des informations dans les manuels Standard & Poor’s (S&P) et Moody’s, puis à les analyser soigneusement afin d’identifier les titres qui retiendraient son attention pour les acheter et les conserver.

Il suivait rigoureusement la méthodologie d’investissement enseignée par Graham, n’achetant que les actions les moins chères, dotées d’une marge de sécurité suffisante.

Tout se passait très bien.

Le jeune Buffett, encore peu connu, accumula progressivement un patrimoine de plusieurs centaines de milliers de dollars. Il créa ensuite un fonds privé, puis augmenta progressivement le montant total des actifs sous sa gestion jusqu’à atteindre plusieurs millions de dollars.

C’était une époque merveilleuse.

À seulement 30 ans, Buffett était déjà devenu millionnaire.

Mais le marché boursier n’est jamais aussi simple qu’il y paraît : certains « droits d’entrée » doivent inévitablement être payés.

En 1962, après plusieurs années de hausse continue, de nombreuses actions étaient devenues trop chères. Selon la théorie de son professeur, Buffett constata qu’il était presque impossible de trouver des titres correspondant aux critères d’achat définis par Graham.

Après mûre réflexion, il décida de miser sur une entreprise textile au bord de la faillite : Berkshire Hathaway.

Selon l’analyse financière, l’actif net comptable de cette société s’élevait à 22 millions de dollars. En raison de ses mauvais résultats opérationnels, son cours boursier était très bas, ce qui permettait de l’acquérir pour seulement 14 millions de dollars.

Animé par l’idée de faire une bonne affaire, Buffett commença progressivement à accumuler des actions de la société.

Or, cet investissement devint la plus grande déception de toute la carrière de « l’Oracle d’Omaha ».

Rappelez-vous que, à l’époque, le montant total des actifs gérés par Buffett ne dépassait guère le million de dollars ; l’acquisition de Berkshire Hathaway représentait donc un pari risqué sur la quasi-totalité de son patrimoine.

Mais l’investissement est-il aussi simple que de tenir une comptabilité ?

Le cours actuel est effectivement bas, mais qu’en sera-t-il à l’avenir ?

À la suite de la fin de la Seconde Guerre mondiale et de l’avènement de l’ère du commerce mondialisé, l’industrie textile américaine a progressivement reculé sous la pression de la main-d’œuvre bon marché d’Asie orientale, entraînant une baisse continue du cours de l’action de Berkshire Hathaway.

Warren Buffett a continué à acheter davantage à mesure que le cours baissait, jusqu’à obtenir le contrôle total de l’entreprise — ce qui l’a « piégé » pour le restant de sa vie.

En 1985, Berkshire Hathaway a fermé sa dernière usine textile ; la vente aux enchères de tous ses actifs n’a rapporté que 160 000 dollars américains.

Cette société vide est ainsi devenue la coque principale de Warren Buffett, lui rappelant indélébilement la leçon tirée de cette expérience.

Quelle erreur avait-il donc commise ?

— Il n’avait pas su percevoir la grande tendance historique.

4

Après la Seconde Guerre mondiale, la puissance des États-Unis s’est renforcée, tandis que la Troisième Révolution technologique prenait son essor.

En 1946, IBM a inventé ENIAC, le premier ordinateur électronique à tubes à vide, ouvrant ainsi l’ère de l’informatique ; la même année, Motorola a lancé le premier téléphone sans fil embarqué, inaugurant l’ère des communications sans fil ;

En 1950, RCA a présenté le premier téléviseur couleur ;

En 1954, Texas Instruments a commercialisé le premier transistor au silicium, marquant le début d’une nouvelle ère des semi-conducteurs ;

En 1956, Motorola a lancé le premier pager, rendant les technologies de communication sans fil accessibles à tous ;

En 1958, Texas Instruments a mis au point la première puce intégrée au monde ;

En 1959, Bank of America a émis la première carte de crédit, qui deviendrait plus tard le système de paiement électronique VISA, aujourd’hui répandu dans le monde entier ;

En 1960, Medtronic a lancé le premier stimulateur cardiaque implantable fiable, ouvrant une nouvelle ère pour les technologies médicales.

En 1964, IBM lança l’ordinateur central révolutionnaire System/360, le premier ordinateur doté d’un système d’exploitation logiciel ;

En 1967, Texas Instruments inventa la calculatrice de poche, dont le prix s’élevait alors à 2 500 dollars pièce ;

La même année, Boeing lança son premier avion 737, l’avion de ligne le plus vendu de l’histoire de l’aviation, avec un nombre total de commandes atteignant aujourd’hui 15 000 unités ;

Durant les années 1950 et 1960, les secteurs informatique, des télécommunications, pharmaceutique, des transports et financier furent tous transformés par les nouvelles technologies électroniques. Ces dernières ont engendré des modes de vie en constante évolution et créé de tout nouveaux marchés porteurs.

Il est donc naturel que la thématique dominante de cette époque ait été l’investissement dans les actions à forte croissance.

Toutefois, les meilleures actions à forte croissance sont toujours très chères, ce qui rend leur logique d’investissement incompatible avec la « théorie de la marge de sécurité » et le principe de « n’acheter que des actions sous-évaluées » défendus par Warren Buffett.

Le jeune Buffett manqua ainsi une époque.

Le « dieu de la bourse » de cette époque était Philip Fisher (1907–2004), un sage ayant vécu jusqu’à l’âge de 98 ans.

Fisher était diplômé de la Graduate School of Business de l’Université Stanford. Jeune analyste financier, il avait fait ses débuts professionnels juste avant la Grande Dépression, ce qui lui avait laissé une vive conscience des risques du marché boursier.

Pourtant, loin d’en être découragé, il se passionna de plus en plus pour l’étude des actions technologiques à forte croissance, perfectionnant sans cesse sa méthode d’analyse.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’économie américaine connaissait une croissance florissante, et Fisher profita de cette dynamique pour fonder sa propre société d’investissement et acquérir massivement des valeurs phares à forte croissance.

Les deux actions les plus fructueuses détenues par Fisher étaient Texas Instruments et Motorola.

Comme mentionné précédemment, en 1954, Texas Instruments lança le premier transistor au silicium destiné à un usage commercial, ouvrant ainsi l’ère des semi-conducteurs ;

L’année suivante, en 1955, Fisher investit massivement dans Texas Instruments ;

Trois ans plus tard, en 1958, Texas Instruments mit au point la première puce intégrée au monde, entraînant une hausse continue de son cours boursier ;

Au sommet du marché haussier de 1962, le cours de l’action Texas Instruments avait augmenté de 14 fois !

Cependant, lors du marché baissier qui a suivi, le cours de l’action de Texas Instruments a chuté de 80 %, mais Fisher n’a pas vendu ses actions et a choisi de rester fidèle à son investissement.

En 1967, Texas Instruments a inventé la calculatrice portable, et le cours de son action a atteint de nouveaux sommets au cours des années suivantes, générant pour Fisher un rendement de 30 fois son investissement initial.

Une autre entreprise technologique leader, Motorola, a également rapporté à Fisher un rendement de 20 fois son investissement initial.

On peut dire que, à cette époque, Texas Instruments et Motorola occupaient une position comparable à celle d’aujourd’hui occupée par NVIDIA et Apple.

Les actions de croissance sont toujours coûteuses, et leurs cours connaissent des fluctuations extrêmement importantes — comme sur un manège — mais dès lors qu’on identifie correctement la tendance dominante de l’époque et qu’on anticipe avec justesse les secteurs porteurs, les rendements peuvent être tout aussi remarquables.

Concernant l’investissement dans les actions de croissance, Fisher repose sur deux principes fondamentaux :

Premièrement, acheter une action revient à acheter une entreprise. Seules environ 5 % des entreprises sont exceptionnelles, quel que soit le contexte du marché ; il convient donc d’acheter uniquement les meilleures d’entre elles.

Une entreprise exceptionnelle présente trois caractéristiques :

a) Elle accorde une grande importance à la recherche-développement et à l’innovation marketing, ce qui lui confère des barrières concurrentielles solides ;

b) Elle dispose d’une direction remarquable, capable de préserver durablement son avantage concurrentiel face aux défis du secteur. Ce critère est essentiel : seul un tel leadership permet à une entreprise de retrouver, après un cycle baissier, des niveaux de cours supérieurs à ceux atteints précédemment ;

c) Elle affiche des marges bénéficiaires élevées, mais verse peu ou pas de dividendes.

Les entreprises en phase de croissance réinvestissent généralement la majeure partie de leurs bénéfices dans de nouvelles initiatives d’expansion commerciale. Lorsqu’elles versent des dividendes importants, cela signifie souvent que leur capacité à étendre leurs activités rencontre des difficultés, ce qui les conduit à redistribuer une part importante de leurs bénéfices sous forme de dividendes.

Deuxièmement, adopter le principe de « blocage » pendant trois ans et conserver les titres sur le long terme.

Lorsqu’une entreprise exceptionnelle subit une sous-évaluation injustifiée par le marché, c’est une opportunité unique, qu’il ne faut surtout pas manquer : il convient alors d’investir massivement et de conserver fermement ces titres.

Toutefois, dans la plupart des cas, les cours des actions de croissance exceptionnelles ne sont pas bon marché. Il suffit donc de les acquérir à un prix raisonnable, sans trop s’attarder sur les gains ou pertes à court terme.

Souvent, les marchés boursiers connaissent des fluctuations importantes : que faire si l’on se retrouve immédiatement en position perdante après avoir acheté ?

Tant que cette entreprise reste excellente et que ses perspectives restent prometteuses, adoptez le principe de « détenir pendant trois ans », continuez à manger et à dormir normalement — le temps révélera tout.

Si vous constatez que votre jugement initial était erroné, assumez honnêtement cette erreur et quittez immédiatement l’investissement pour vous tourner vers une entreprise dont les perspectives sont plus prometteuses.

La seule raison valable de vendre est liée aux perspectives de croissance de l’entreprise, et non aux variations à la hausse ou à la baisse du cours de votre action.

Avoir une bonne mentalité d’investisseur est essentiel : ne vous laissez surtout pas distraire par les fluctuations boursières ou les mouvements de marché passagers — ce ne sont que du « bruit » qui entrave l’investissement réussi.

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L’entrée dans les années 1970 voit toujours Warren Buffett aux prises avec des actions bon marché mais médiocres.

Les États-Unis font face à des défis lancés par l’Union soviétique dans les domaines spatial et militaire, tandis qu’économiquement, ils se trouvent éclipsés par la montée en puissance du Japon et de l’Allemagne. Sur le plan intérieur, l’inflation est élevée, le dollar perd de sa valeur et la crise est omniprésente.

Sur les marchés boursiers, cela se traduit par une dépression prolongée de dix ans, un hiver glacial.

Comme on dit, « les circonstances façonnent les héros ». Dans ce nouveau grand âge, de nouveaux talents émergent naturellement.

Cette ère appartient à Sir John Templeton (1912–2008, 97 ans) et à Shelby Cullom Davis (1906–1994, 89 ans), deux sages éminents également remarquables pour leur longévité.

Templeton a formulé une célèbre maxime : « Les marchés naissent dans le désespoir, grandissent dans le doute, mûrissent dans l’optimisme et meurent dans l’euphorie. Le moment le plus pessimiste constitue précisément le meilleur instant pour acheter ; le moment le plus optimiste, le meilleur instant pour vendre. »

Tel est le principe fondamental de l’investissement contre-courant de Templeton.

Davis, quant à lui, a prononcé une autre phrase célèbre : « Achetez des actions prometteuses lorsqu’elles sont valorisées à un faible ratio Cours/Bénéfice (marché baissier) ; lorsque ce ratio augmente simultanément à la croissance des bénéfices, le cours de l’action peut connaître une multiplication spectaculaire — inversement, il peut aussi chuter drastiquement. »

C’est là le fameux « double effet Davis » (ou « double impact Davis ») — une règle d’investissement reposant sur la capitalisation composée.

En réalité, qu’il s’agisse d’un investissement contre-courant ou d’un investissement basé sur la capitalisation composée, l’essence de ces approches repose sur le principe fondamental d’acheter bas et de vendre haut, conformément aux principes de base de l’investissement de valeur.

Ces principes sont bien compris par beaucoup de personnes.

Ce qui les distingue véritablement, c’est leur vision internationale en matière d’investissement, inégalée à leur époque.

Templeton avait étudié au Royaume-Uni dans sa jeunesse et avait largement voyagé en Europe, ce qui lui avait permis de bien connaître l’histoire, la culture et la structure économique européennes ;

Davis, quant à lui, avait étudié en Suisse et y avait rencontré sa future épouse dans un train traversant la France.

En 1968, Templeton prit une décision exceptionnelle : renoncer à sa nationalité américaine, s’installer sur l’île des Bahamas, située dans les Caraïbes, et y résider pendant 40 ans, jusqu’à son décès.

Selon lui, de nombreux investisseurs échouent souvent en raison de distractions parasites et de désirs difficiles à maîtriser. S’éloigner des centres financiers signifiait ainsi s’éloigner du bruit ambiant et des pulsions, ce qui lui permettait sans aucun doute d’investir avec davantage de calme et de lucidité.

Cet éloignement des États-Unis lui permettait également d’observer l’économie mondiale de façon plus macroscopique et plus neutre :

Il identifia ainsi d’excellentes opportunités d’investissement dans le processus de relance post-guerre des économies allemande et japonaise, ne quittant le marché boursier japonais qu’au milieu des années 1980 ;

Il profita également de la crise subie par l’industrie automobile américaine sous l’effet de la concurrence japonaise, achetant massivement des actions Ford en 1978, alors que celle-ci était au bord de la faillite ;

Cette capacité à tirer avantage des deux côtés de la situation propulsa la carrière d’investissement de Templeton à son apogée : le rendement annuel moyen des fonds qu’il gérait atteignait 18,3 %, nettement supérieur à celui de l’indice boursier américain sur la même période.

Davis connut également des expériences similaires.

Au début de l’après-guerre, Davis se concentra sur l’achat d’actions d’assureurs. À cette époque, le secteur de l’assurance, contrairement aux actions bancaires dotées d’une longue histoire, se trouvait encore dans une phase de croissance dynamique.

Le gouvernement américain promouvait l’assurance universelle, tandis que les anciens combattants revenaient chez eux, se mariaient et fondaient des familles, entraînant l’émergence de nouveaux produits d’assurance tels que l’assurance habitation ou l’assurance automobile, en plus de l’assurance vie.

Dividende démographique + hausse du taux de pénétration + innovation dans les activités assurantielles : la croissance des actions d’assureurs n’était pas inférieure à celle des actions technologiques.

Davis commença sa carrière boursière avec un prêt de 50 000 dollars de la part de son beau-père, puis réalisa son accumulation initiale grâce à la tendance haussière des marchés boursiers américains durant les années 1950 et 1960 ;

Lorsque la bulle boursière américaine éclata au cours des années 1960, il décida alors résolument de se tourner vers le Japon, y achetant des actions d’assureurs émergents, répliquant ainsi avec succès ses performances antérieures sur le marché américain.

Croissance stable des résultats + hausse du ratio cours/bénéfice + succession de marchés haussiers dans plusieurs pays + effet de levier : les 50 000 dollars initiaux se transformèrent, quarante ans plus tard, en une fortune colossale de 900 millions de dollars.

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Les années 1977-1978 constituent un tournant historique majeur aux États-Unis.

En 1977, George Lucas sort le film de science-fiction révolutionnaire « La Guerre des étoiles », qui marque l’entrée de l’industrie cinématographique dans l’ère des blockbusters à effets spéciaux ;

La même année, la société Apple lance l’Apple II, le premier ordinateur personnel de l’histoire humaine ;

L’année suivante, IBM répond avec son propre ordinateur personnel (PC), intégrant le processeur Intel 8088 et le logiciel BASIC de Microsoft, ouvrant ainsi l’ère 2.0 de l’industrie mondiale de l’informatique.

Portée par cette vague d’innovation technologique, les États-Unis retrouvent une dynamique de renaissance, inversent leur position face à l’Union soviétique dans la course à la suprématie mondiale, et les investissements dans les actions à forte croissance deviennent à nouveau le thème dominant de l’époque.

En 1978, Warren Buffett, alors âgé de 49 ans, et Charlie Munger, âgé de 55 ans, s’unissent : ce moment marque un tournant décisif dans leur carrière professionnelle commune.

Vous ne le savez peut-être pas, mais ces deux maîtres, aujourd’hui considérés comme le meilleur duo de l’histoire de l’investissement, sont en réalité des personnalités diamétralement opposées.

Warren Buffett, durant sa jeunesse, obtenait des résultats scolaires moyens à bons, si bien qu’il fut refusé à son premier choix, l’université Harvard ; Charlie Munger, quant à lui, était un véritable surdoué, diplômé de la faculté de droit de Harvard.

Buffett est une personne réservée, peu portée sur la vie sociale, ce qui l’a conduit, après quelques années de travail, à retourner dans sa ville natale d’Omaha pour y gérer seul ses investissements boursiers ; Munger, lui, a toujours vécu dans la grande ville de Los Angeles, expérimentant diverses activités.

Pour Buffett, seules comptent les actions et la méthode d’investissement intérieure transmise par son professeur, Benjamin Graham ;

Munger, en revanche, est une personne animée d’une curiosité insatiable, lisant abondamment et étudiant une multitude de sujets : outre les actions, il s’intéresse également à l’immobilier et aux investissements en capital-risque, couvrant ainsi un large spectre de domaines.

Pourtant, dans les années 1970, Buffett traversait une période difficile, tout comme Munger.

Buffett restait coincé dans sa stratégie d’investissement dans des « mégots » (actions sous-évaluées), incapable d’en sortir. Ce qui le tourmentait était la raison pour laquelle un modèle apparemment scientifique, tel que celui de la marge de sécurité, pouvait conduire à des pièges de valeur aussi redoutables.

Quant à Munger, son problème était le suivant : « Je connais tous les principes, mais j’ai tendance à agir impulsivement. »

Résultat : au cours des deux années précédant son association avec Buffett, Munger essuya plusieurs pertes massives consécutives, ce qui le plongea dans un profond désarroi, au point de liquider sa propre société d’investissement.

Il n’existe pas de personne parfaite dans ce monde.

Charlie Munger excelle dans la réflexion stratégique mais moins dans la prise de décision : à l’ère ancienne, il aurait été idéal comme stratège militaire ; aujourd’hui, il convient parfaitement au rôle d’analyste.

Warren Buffett, quant à lui, excelle dans la prise de décision mais moins dans la réflexion stratégique : à l’ère ancienne, il aurait été idéal comme général ; aujourd’hui, il convient parfaitement au rôle de trader.

Lorsque le trader Warren Buffett rencontra l’analyste Charlie Munger,

Buffett demanda :

« Tout au long de ma vie, j’ai strictement respecté la règle de la marge de sécurité. Pourtant, même parmi les actions bon marché et apparemment sûres, j’ai découvert des « pièges à valeur » extrêmement dangereux. Comment, Monsieur, peut-on les éviter ? »

Munger répondit :

« Je vous propose trois conseils précieux :

Premièrement, plutôt que de consacrer temps et énergie à l’achat d’entreprises médiocres simplement parce qu’elles sont bon marché, il vaut mieux investir à un prix raisonnable dans des entreprises de qualité supérieure.

Deuxièmement, si la croissance d’une entreprise est suffisamment forte, elle reste une opportunité d’investissement même si son cours de bourse est relativement élevé.

Troisièmement, investir dans une action ne consiste pas seulement à miser sur les perspectives sectorielles, les produits ou le modèle économique de l’entreprise concernée ; ce qui compte davantage, c’est la qualité de sa direction : s’il s’agit d’une équipe ambitieuse et compétente en gestion, alors même un prix deux à trois fois supérieur reste une affaire avantageuse. »

À l’écoute de ces paroles, Buffett eut une illumination soudaine. Plus tard, il confia à un ami :

« Grâce à la puissance de sa pensée, il a élargi considérablement mon champ de vision, me permettant d’évoluer, à une vitesse extraordinaire, du singe à l’homme. Sans lui, je serais aujourd’hui bien plus pauvre. »

On peut dire que, depuis l’association de Buffett et de Munger, la méthodologie d’investissement de Buffett a connu une véritable mise à niveau.

Il ne se concentre plus sur les « mégots » d’actions bon marché, mais choisit délibérément des entreprises de haute qualité, dotées d’une croissance stable, et les achète à un prix raisonnable.

Cela revient à fusionner les approches de Benjamin Graham et de Philip Fisher, créant ainsi une synthèse harmonieuse et remarquable.

Aucun concurrent ne peut rivaliser avec cette méthode.

Oh non, il y a tout de même des adversaires~~~

Dans les années 1980, le monde de l’investissement a vu émerger un génie : Peter Lynch, le deuxième grand maître des actions à forte croissance.

Peter Lynch est né en 1944, soit un an avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, alors que les forces alliées lançaient le débarquement en Normandie et tenaient déjà la victoire pour acquise.

Du point de vue de l’expérience professionnelle, Peter Lynch n’était qu’un jeune cadre ;

mais du point de vue de son parcours d’investisseur, il bénéficiait d’avantages inégalés par ses aînés.

Premièrement, il n’avait pas connu les grandes crises économiques terrifiantes telles que la Grande Dépression ou les troubles liés aux conflits armés, ayant grandi durant la période de prospérité économique d’après-guerre ; son état d’esprit était donc nettement plus détendu, optimiste et davantage tourné vers l’aventure ;

Deuxièmement, dès sa sortie d’études, il avait rejoint le célèbre fonds Fidelity Investments, où il avait commencé comme stagiaire, bénéficié d’une formation théorique rigoureuse et opéré sur une grande plateforme, ce qui lui avait offert un départ avantageux et permis d’éviter bien des détours ;

Enfin, sa chance fut suffisamment bonne : en 1977, Lynch prit la tête du fonds Fidelity Magellan, puis, au cours des années 1980, les actions à forte croissance connurent un essor remarquable. Lynch diversifia largement ses investissements et décida de se retirer au sommet de sa carrière.

Selon les statistiques, pendant les 13 années (1977–1990) où Peter Lynch géra le fonds Fidelity Magellan, le taux de croissance composé annuel s’établit à 29 %, ce qui constitue le rendement moyen le plus élevé parmi tous les grands investisseurs, surpassant même les performances de Warren Buffett.

Sous sa gestion, les actifs du fonds passèrent de 20 millions de dollars à 14 milliards de dollars, tandis que le nombre de détenteurs de parts dépassa le million, faisant ainsi du fonds Fidelity Magellan le plus important fonds d’actifs gérés au monde à cette époque.

Sur le plan du style d’investissement, Peter Lynch défendait deux principes fondamentaux :

Premièrement, porter une attention particulière aux petites entreprises solides sur le plan fondamental, mais négligées par le marché.

Cela diffère fortement de la stratégie de Philip Fisher, qui privilégiait les valeurs technologiques dominantes, tandis que Lynch préférait les sociétés non conventionnelles du secteur de la consommation.

Au cours de sa carrière, Peter Lynch acheta plus de 10 000 titres, dont la majorité étaient des petites entreprises spécialisées, telles que Toys "R" Us, The Body Shop et La Quinta Inns & Suites.

Le cas le plus célèbre reste celui de Walmart, mais lorsque Peter Lynch acheta cette action, celle-ci venait tout juste d’être introduite en bourse depuis quelques années seulement, et Walmart n’était encore qu’une entreprise de taille moyenne.

Walmart fut introduite en bourse en 1972 et, au cours des 25 années suivantes, sa capitalisation boursière augmenta de 5 000 fois, passant d’un modeste supermarché local situé dans une petite ville du centre des États-Unis à la plus grande chaîne de supermarchés mondiale, classée première du classement Fortune Global 500.

Dans les années 1980, période faste de son expansion internationale, Walmart a intégré les technologies informatiques pour moderniser sa chaîne logistique, affichant une croissance sans égale.

Au cours de cette période, le chiffre d’affaires de Walmart est passé de 1,655 milliard de dollars en 1981 à 32,6 milliards de dollars en 1991, soit un taux de croissance annuel composé de 34,72 %. Son bénéfice net a quant à lui augmenté de 22 fois, tandis que son cours de l’action s’est envolé de 61 fois.

Deuxièmement, diversifier ses investissements — ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier — et conserver les actifs sur le long terme.

Cette approche contredit directement la philosophie de Philip Fisher, qui privilégiait des positions concentrées. Peter Lynch, en revanche, préférait une forte diversification.

Deux raisons expliquent ce choix.

Premièrement, la taille importante du fonds géré par Lynch — particulièrement en phase avancée — et son penchant pour les actions de petites capitalisations rendaient la diversification inévitable.

Deuxièmement, Lynch estimait qu’une concentration excessive exposait fortement aux fortes fluctuations de cours, perturbait la stabilité psychologique de l’investisseur et pouvait le conduire à spéculer à court terme.

Quoi qu’il en soit, Peter Lynch était une personne suffisamment intelligente, suffisamment travailleuse, et aussi suffisamment chanceuse.

Un exemple est particulièrement révélateur.

En 1989, Warren Buffett avait acheté une action d’une compagnie aérienne. Dès l’acquisition, la société fut frappée par une série de malheurs : tout d’abord, la guerre du Golfe provoqua une forte hausse des prix du pétrole ; ensuite, plusieurs accidents aériens majeurs se produisirent consécutivement sur plusieurs années.

Résultat : l’entreprise connut des pertes annuelles répétées et se retrouva brièvement au bord de la faillite.

Ce fut là le plus grand échec d’investissement de la seconde moitié de la carrière de Buffett, qui l’empêcha pendant les vingt années suivantes d’investir à nouveau dans le secteur aéronautique — allant jusqu’à qualifier ces actions de « destructeurs de valeur ».

Peter Lynch, lui, eut une expérience radicalement différente : sa toute première opération d’investissement portait justement sur une action aérienne.

À l’époque, Lynch venait tout juste d’entrer à l’université et utilisa une partie de sa bourse universitaire — plus de mille dollars — pour acheter des actions de Flying Tiger Line à 7 dollars l’unité. Il revendit ces titres plus tard à 32 dollars, réalisant ainsi un gain de 450 %.

C’est tout simplement une question de destin.

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L’investissement est un marathon.

En 1990, le jeune prodige Peter Lynch a pris sa retraite, marquant ainsi le début de l’ère Buffett.

Buffett et Munger, préparez-vous à accomplir des prouesses extraordinaires !

Selon Forbes, Warren Buffett s’est maintenu durablement dans le top 3 du classement mondial des personnes les plus fortunées au cours des deux dernières décennies, avec un patrimoine net personnel actuel dépassant 80 milliards de dollars américains.

Plus de 95 % de cette richesse ont été accumulés après 1990.

Pourquoi les réalisations de Buffett au cours des trente dernières années sont-elles si remarquables ?

Examinons le tableau suivant :

Il s'agit des 15 principales positions détenues par Berkshire Hathaway, telles qu'indiquées dans la « Lettre aux actionnaires » publiée en 2018.

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Berkshire Hathaway, la société d’investissement phare de Buffett, issue d’une ancienne usine textile en difficulté, affiche aujourd’hui une capitalisation boursière de 500 milliards de dollars américains, ce qui en fait la cinquième plus grande entreprise cotée aux États-Unis, juste derrière Microsoft, Amazon, Apple et Google.

Le siège social de cette entreprise ne compte qu’une vingtaine de personnes, majoritairement des femmes chargées des fonctions administratives, financières et juridiques, ainsi que 4 à 5 gestionnaires d’investissements.

L’image ci-dessous montre leur photo de famille lors de la fête de Noël de 2014.

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Warren Buffett, décideur suprême, émet généralement ses instructions d’achat ou de vente depuis cette petite maison.

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Au cours des 60 dernières années, Buffett y a toujours résidé.

Il s'agit d'une petite ville de troisième niveau située dans les terres américaines : peu d’habitants, un air pur, et chaque soir, on peut admirer le ciel étoilé sans être perturbé par la pollution, le bruit des routes ou l’éclat des néons.

Très peu de médias se déplacent ici pour effectuer des reportages, et il n’est pas nécessaire de se rendre à divers événements sociaux ou professionnels.

Son esprit est suffisamment paisible.

Cela permet à ses décisions de rester pleinement rationnelles.

De temps à autre, Charlie Munger, qui réside à Los Angeles, à plus de 2 500 km de là, l’appelle par téléphone. Cet analyste aux perspectives larges lui annonce avec enthousiasme les dernières entreprises prometteuses qu’il a identifiées comme opportunités d’investissement.

Warren Buffett, quant à lui, reste toujours très prudent : il observe beaucoup, agit peu.

Il affirme que « la direction compte cent fois plus que le travail acharné ».

Examinons ses 15 plus importantes positions actuelles —

Wells Fargo, Apple, Bank of America, Coca-Cola, American Express, Phillips 66, U.S. Bancorp, Moody’s, Southwest Airlines, Delta Air Lines, Goldman Sachs, Bank of New York Mellon, Charter Communications, BYD, General Motors.

Sept titres financiers (dont quatre banques) : Wells Fargo, Bank of America, American Express, U.S. Bancorp, Moody’s, Goldman Sachs et Bank of New York Mellon.

L’achat d’un si grand nombre d’actions financières et bancaires s’explique notamment par le fait que ces valeurs sont de grande capitalisation et offrent des rendements stables, ce qui en fait un « lest » essentiel pour une société d’investissement de la taille de Berkshire Hathaway.

En outre, Apple est une entreprise technologique, Coca-Cola appartient au secteur des biens de consommation, Phillips 66 opère dans le domaine de l’énergie, Southwest Airlines et Delta Air Lines relèvent du transport aérien, Charter Communications est une société de médias, BYD est spécialisée dans les véhicules électriques, tandis que General Motors appartient au secteur manufacturier traditionnel.

Cette diversité reflète parfaitement le principe selon lequel « il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier ».

Par ailleurs, les actions aériennes — autrefois profondément détestées par Buffett — ainsi que les actions technologiques — qu’il avait jadis juré de ne jamais toucher — figurent désormais toutes deux parmi ses principales positions.

Concentrons-nous maintenant sur les cinq actions ayant généré les rendements les plus élevés —

Moody’s : +1 368 % ;

Coca-Cola, +1312 % ;

American Express, +1069 % ;

BYD, +745 % ;

Goldman Sachs, +343 % .

Ces actions ont toutes été détenues pendant une période suffisamment longue, souvent supérieure à dix ans.

Parmi celles-ci, les deux actions détenues le plus longtemps — pendant 30 ans — sont American Express et Coca-Cola.

Commençons par American Express.

Il s’agit d’une entreprise centenaire : initialement spécialisée dans la livraison express, elle s’est progressivement orientée vers l’émission de chèques de voyage, puis vers les cartes de crédit grand public.

Warren Buffett a acheté cette action à deux reprises. La première fois remonte aux années 1960, après un scandale financier ayant provoqué un effondrement brutal du cours de l’action ; Buffett y a alors investi massivement, avec une participation atteignant 40 % du portefeuille.

Trois ans plus tard, cet investissement avait généré un rendement de 2 à 3 fois le capital initial, soit un profit dépassant 10 millions de dollars, ce qui avait fortement satisfait Buffett.

On peut ainsi qualifier cette opération d’un cas classique de « retournement en situation de détresse ».

En 1990, American Express a de nouveau connu des difficultés, suite à sa défaite face aux deux géants des cartes de paiement, Visa et Mastercard, entraînant une chute simultanée de ses résultats et de son cours boursier.

Le vieil ami est revenu à la rescousse.

Cette fois-ci, Buffett a mené une enquête approfondie et découvert que la direction de l’entreprise avait changé : la nouvelle équipe dirigeante avait adopté une stratégie centrée sur le cœur de métier et une différenciation claire pour concurrencer les deux géants des cartes de crédit.

Visa et Mastercard ciblaient le grand public, tandis qu’American Express a choisi de se concentrer sur le segment haut de gamme, ne visant que les affaires des 20 % de clients les plus aisés.

En 1991, 1994 et 1995, Buffett a procédé à trois augmentations successives de sa position, qu’il conserve encore aujourd’hui.

En 1999, les 1,4 milliard de dollars initialement investis s’étaient transformés en 8,4 milliards de dollars, soit une hausse spectaculaire de 600 %.

Le deuxième achat repose, par rapport au premier, sur des raisons similaires.

À première vue, il s’agit dans les deux cas d’un retournement de situation défavorable ; toutefois, une analyse plus approfondie révèle qu’il ne peut se faire sans le soutien de la « fortune nationale ».

Comme mentionné précédemment, les États-Unis, ayant remporté la Seconde Guerre mondiale, connaissaient un essor sans précédent durant les années 1950-1960, ce qui a donné naissance à un grand marché haussier des actions de croissance et permis à des experts tels que Philip Fisher de profiter pleinement de cette vague.

Les années 1990 ont marqué la deuxième période de puissance exceptionnelle des États-Unis après la guerre.

Tout d’abord, la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’empire soviétique ont conduit des dizaines de pays à adopter le capitalisme, ouvrant ainsi de vastes marchés aux entreprises multinationales.

Ensuite, la révolution Internet a considérablement accru l’efficacité de la production et a fait émerger une nouvelle classe de milliardaires technologiques.

Ces facteurs liés à la « fortune nationale » constituent une raison fondamentale du grand marché haussier observé sur le marché boursier américain dans les années 1990, et ont largement bénéficié à la transformation haut de gamme d’American Express.

Le même principe s’applique à Coca-Cola.

En 1987, les États-Unis traversèrent une crise financière, entraînant une baisse de 30 % du cours de l’action Coca-Cola. L’année suivante, Warren Buffett investit massivement 1 milliard de dollars dans cette entreprise.

À cette époque, la capitalisation boursière de Coca-Cola n’était que de 15 milliards de dollars.

Au cours des dix années suivantes, Coca-Cola s’est fortement implantée en Asie et en Europe de l’Est, doublant ainsi son chiffre d’affaires et connaissant l’une des périodes de croissance la plus remarquable de toute son histoire centenaire.

En 1998, la capitalisation boursière de Coca-Cola atteignait 150 milliards de dollars, soit une multiplication par 10 par rapport à celle d’il y a dix ans, ce qui en fit l’action la plus rentable du portefeuille d’investissement de Warren Buffett.

Warren Buffett était extrêmement satisfait du rendement généré par Coca-Cola, louant systématiquement sa « moat » (avantage concurrentiel durable), la fidélité de sa marque et affirmant qu’il convient de conserver cette action toute sa vie.

Pourtant, une analyse détaillée montre que, sur les trente années pendant lesquelles Buffett a détenu l’action Coca-Cola, les trois quarts de ses gains proviennent en réalité des dix premières années — une période caractérisée par une expansion mondiale et une forte croissance.

Durant les vingt années suivantes, une fois que chaque recoin du « village planétaire » fut saturé de bouteilles de Coca-Cola et que le plafond de croissance fut atteint, l’action n’apporta pratiquement aucun rendement supplémentaire à Warren Buffett.

Concernant les trois autres actions, Moody’s a été achetée en 2001, tandis que Goldman Sachs et BYD ont été acquises en 2008 — une année marquée précisément par une crise financière cyclique survenant tous les dix ans.

Illustre profondément le sens de la phrase suivante : « J’ai peur quand les autres sont gourmands, et je suis gourmand quand les autres ont peur. »

Cependant, par rapport aux deux actions financières Moody’s et Goldman Sachs, l’investissement dans BYD est encore plus surprenant.

En effet, il s’agit de la première entreprise technologique figurant parmi les positions les plus importantes du portefeuille de Warren Buffett, et surtout, une entreprise originaire de Chine.

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En réalité, Warren Buffett s’intéressait déjà à la Chine depuis longtemps.

En 2003, alors que le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) faisait rage en Chine, Buffett avait discrètement acheté pour 488 millions de dollars américains d’actions de PetroChina sur le marché boursier de Hong Kong.

Cinq ans plus tard, au sommet de la bulle haussière en 2007, Buffett revendit intégralement ses actions, dont la valeur totale s’était élevée à 4 milliards de dollars américains, avec en outre des dividendes cumulés s’élevant à 240 millions de dollars américains.

Il s’agit là d’un investissement classique qui a pleinement profité de la vague haussière liée à l’essor économique chinois.

Il y a dix-sept ans, le principal moteur de la croissance économique chinoise était l’urbanisation et le secteur immobilier, ainsi que la forte demande et la hausse des prix dans les domaines connexes de l’énergie et de l’acier.

Buffett a su saisir rapidement cette opportunité.

Il y a douze ans, la main-d’œuvre bon marché chinoise commençait à se raréfier, tandis que l’industrie technologique venait tout juste de faire son apparition.

Charlie Munger recommanda BYD à Buffett, qui décida d’acquérir 10 % du capital de cette entreprise chinoise spécialisée dans les véhicules électriques après avoir rencontré son PDG, Wang Chuanfu, pour un montant total de 230 millions de dollars américains.

Dix ans plus tard, cet investissement figure désormais parmi les cinq meilleurs rendements de toute la carrière de Buffett.

En revenant sur l’histoire centenaire de l’investissement, on constate que les personnalités ayant su tirer parti des grandes tendances macroéconomiques étaient toutes dotées d’une remarquable capacité à identifier les moments propices offerts par la conjoncture nationale.

Dans les années 1920, Jesse Livermore sut saisir l’essor des États-Unis, la prospérité du secteur immobilier et l’expansion des bulles spéculatives, puis réalisa des ventes à découvert au sommet de la bulle, ce qui lui valut le titre de « Roi de la spéculation » ;

Dans les années 1960, Philip Fisher profita de la troisième grande révolution technologique d’après-guerre, marquée par la croissance fulgurante de leaders technologiques tels que Texas Instruments et Motorola, ce qui lui permit de s’imposer comme le « Père des actions de croissance ».

Dans les années 1970, l’économie américaine traversait une période de transformation difficile ; Templeton et Davis se sont alors tournés vers les marchés japonais et allemands, et leur vision internationale est devenue la clé de leur succès.

Dans les années 1980, l’économie américaine a connu une reprise, les actions de croissance sont revenues en force, et Peter Lynch, maître de la deuxième génération d’investisseurs spécialisés dans les valeurs de croissance, s’est distingué.

Dans les années 1990, Warren Buffett a saisi l’opportunité historique offerte par le nouveau sommet atteint par l’économie américaine : monté sur le dos de titres phares tels que Coca-Cola et American Express, il a grimpé vertigineusement. Comme on dit : « C’est l’époque qui façonne les héros ». Sans la prospérité continue des États-Unis sur plus d’un siècle, comment auraient pu naître tant de grands investisseurs ?

Toutefois, contrairement aux autres grands investisseurs cités précédemment, Buffett n’a pas agi seul.

Derrière lui se tenait Charlie Munger, un analyste de premier plan, qui lui a permis d’élargir considérablement son champ de vision.

Sous l’influence de Munger, Buffett a abandonné sa stratégie initiale axée sur les « mégots » (actions sous-évaluées), pour investir également dans des entreprises technologiques à forte croissance telles qu’Apple et BYD. Il ne s’est plus limité aux sociétés américaines, mais a élargi sa recherche d’opportunités à l’échelle mondiale, notamment en Chine, pays en pleine ascension.

Dans le portefeuille d’investissement de Buffett, on perçoit une synthèse harmonieuse entre la notion de « marge de sécurité » de Graham, les principes d’investissement dans des entreprises de haute qualité à fort potentiel de croissance de Fisher, la vision globale propre à Templeton et Davis, ainsi que la conscience de la nécessité de la diversification défendue par Lynch.

Comme tous les autres secteurs, le marché de l’investissement comporte à la fois des opportunités, des risques et des zones d’aveuglement. Les capacités individuelles restent nécessairement limitées ; c’est pourquoi la collaboration collective devient de plus en plus indispensable, afin de faire face ensemble aux tempêtes grâce à des méthodes scientifiques et professionnelles, et à une répartition efficace des tâches.

C’est précisément pourquoi Jesse Livermore, aussi génial fût-il, a fait faillite à plusieurs reprises dans ses débuts, tandis que Buffett, aujourd’hui, réussit à maintenir une performance exceptionnelle depuis plus d’un demi-siècle.

En 2019, Buffett avait 90 ans et Munger, 96.

Lors d’interviews médiatiques, leurs esprits restaient clairs, leurs réflexions profondes, et leurs propos empreints d’une sincérité remarquable, alliant lucidité sur les affaires humaines et fidélité à leurs principes fondateurs.

Est-ce l’expérience accumulée au fil des décennies d’investissement qui leur a conféré cette sérénité imperturbable ?

Ou bien le summum de l’investissement consiste-t-il, par nature, à extraire les lois fondamentales régissant le fonctionnement du monde, puis à les intégrer pleinement à soi-même ?

Graham est décédé à l’âge de 83 ans ; Fisher, à 98 ans ; Templeton, à 97 ans ; Davis, à 89 ans…

Investir est, en réalité, un véritable chemin de perfectionnement personnel.

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En 2007, à la veille de la crise financière, le soleil brillait de mille feux.

Le président américain George W. Bush invita un certain Ray Dalio à la Maison Blanche afin qu’il lui explique précisément en quoi consistait la crise des prêts hypothécaires.

À l’époque, la crise des subprimes venait tout juste d’émerger, et personne ne comprenait réellement ce qui se passait.

Dalio déclara sans détour :

« Le niveau actuel d’emprunts et le taux d’effet de levier des institutions financières américaines sont désormais comparables à ceux observés lors de la crise du crédit en Allemagne sous la République de Weimar ; leur capacité de remboursement est extrêmement fragile, et la faillite massive des banques est inévitable. »

Quelques mois plus tard, la crise financière s’aggrava progressivement : 400 banques américaines firent faillite, y compris des établissements centenaires tels que Lehman Brothers, Merrill Lynch et Bear Stearns.

Citigroup et AIG ne survécurent qu’après avoir reçu une aide d’urgence de la Réserve fédérale.

Les actions fortement détenues par Warren Buffett — Wells Fargo, American Express et Moody’s — chutèrent toutes de moitié, entraînant des pertes considérables.

Seul le fonds Bridgewater Associates, dirigé par Dalio, anticipa précocement l’éclatement de la crise et réalisa un rendement positif de près de 9 % grâce à des achats massifs d’obligations d’État et d’or, ainsi qu’à des positions vendeuses sur le dollar.

Après la crise, la réputation de Bridgewater Associates ne cessa de croître, consolidant progressivement sa position de plus grand fonds spéculatif au monde.

Ray Dalio, le grand maître de l’investissement de notre époque, est également considéré comme le meilleur gestionnaire mondial des risques liés aux cycles économiques.

Alors, comment Dalio a-t-il réussi à sortir indemne de cette tempête de risques ?

Né en 1949 à New York, Dalio appartient à la même génération que Peter Lynch.

Il commença à investir en bourse dès le lycée, achetant sa première action — Northeast Airlines — une société aérienne, tout comme Peter Lynch.

Le cours de l’action tripla ensuite, et il réalisa ses bénéfices.

Il intégra ensuite la Harvard Business School, devenant ainsi, une nouvelle fois, camarade de classe de Peter Lynch.

On peut dire que cet homme d’une intelligence exceptionnelle a eu, dans sa jeunesse, une trajectoire presque identique à celle de Lynch.

Cependant, dans les années 1980, leurs parcours se sont séparés.

Lynch a adopté une stratégie d’investissement diversifiée, saisissant les opportunités offertes par les actions à forte croissance, révélant un talent naturel exceptionnel ;

Dario, quant à lui, ayant constaté des problèmes de dette au Mexique, a estimé que l’économie américaine en serait également affectée et a donc parié à la baisse. Or, son jugement s’est avéré erroné, le conduisant presque à la faillite.

Cette chute a été extrêmement douloureuse pour Dario.

Précisément à cause de cette douleur, il a entrepris une profonde réflexion et s’est plongé avec détermination dans l’étude de A Monetary History of the United States (« Histoire monétaire des États-Unis »), décortiquant et analysant plus d’un siècle de crises économiques, les données relatives à l’endettement et au levier financier, ainsi que les performances de divers actifs.

Un adage courant dans le monde de l’investissement affirme : « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. »

Chaque cycle économique ou chaque concept habilement mis en valeur — quelle qu’en soit la variante étrange — trouve toujours un précédent historique auquel se référer.

Seule une maîtrise approfondie des cas historiques et des régularités économiques permet de ne pas se laisser aveugler par l’agitation du moment, de ne pas perdre son discernement ni être pris au dépourvu.

Selon les médias, le bureau de Dario est rempli de livres, notamment d’ouvrages consacrés aux crises économiques : Grande Dépression américaine des années 1930, « décennie perdue » japonaise des années 1990, crise de la dette latino-américaine, etc.

Après plus d’une décennie de recherches approfondies, Dario a lancé, en 1996, sa stratégie « All Weather » (« Toutes Saisons ») :

En résumé, les marchés financiers connaissent des cycles saisonniers, et différentes configurations économiques exigent des stratégies d’allocation d’actifs adaptées.

Lorsque l’économie connaît une croissance, il convient d’acheter des actions, des matières premières et des actifs issus d’économies émergentes ;

Lors d’une récession économique, les obligations constituent un placement adapté ;

En période d’inflation élevée, les matières premières et les actifs issus d’économies émergentes sont privilégiés ;

En période de faible inflation, les actions et les obligations constituent les placements les plus appropriés.

En ajustant continuellement la composition du portefeuille en fonction des cycles alternés entre risques et opportunités, on peut traverser la multitude des scénarios sans jamais être affecté.

Du point de vue de la philosophie d’investissement, Ray Dalio adopte une vision bien plus macroéconomique que ses prédécesseurs.

Son champ de vision s’étend naturellement sur un siècle, et il ne se concentre plus sur les fluctuations ponctuelles d’une action individuelle, mais parie plutôt sur l’avenir d’un pays tout entier.

En 2018, Bridgewater a officiellement lancé son premier fonds privé en Chine, réduisant progressivement ses positions sur les actions américaines, dont la hausse s’était prolongée pendant dix ans, pour les rediriger vers des pays émergents en plein essor.