Une nouvelle révolution scientifique et technologique, ainsi qu'une transformation industrielle, sont en cours. L'économie numérique insuffle une nouvelle vitalité à la croissance économique chinoise. Lors de la récente Conférence centrale sur les travaux économiques, il a été clairement affirmé qu'il fallait « développer vigoureusement l'économie numérique ».
Dans cette édition de la rubrique « Finance en langage simple » de Xinhua Net, Li Lihui, chef du groupe de recherche sur la blockchain de l'Association chinoise des services financiers par Internet et ancien président de la Banque de Chine, analyse les tendances et les points clés de l'innovation dans l'économie numérique en Chine.
Question 1 : Pourquoi est-il nécessaire de développer vigoureusement l'économie numérique ?
Li Lihui : L'importance accordée par les autorités centrales au développement des technologies et de l'économie numériques s'inscrit dans les tendances mondiales actuelles en matière d'innovation et de croissance économique. Les technologies numériques regroupent un ensemble de solutions, notamment la blockchain, le Big Data, le cloud computing et l'intelligence artificielle. Leur principal atout, à mon sens, est leur capacité à améliorer considérablement l'efficacité économique.
Comment y parviennent-elles ? En permettant de construire un réseau plus direct et plus efficace. On parlait autrefois d'un « monde plat », où les liens entre entreprises, entre individus, ou entre les personnes et les objets, étaient bidimensionnels. Cette architecture plane génère de nombreux nœuds et aboutit à une faible efficacité.
Grâce aux technologies numériques — la blockchain, le cloud computing et l'IA, notamment —, il sera possible, à mon avis, de créer à l'avenir une architecture tridimensionnelle, pliable et interactive. Dans ce modèle, les interactions de point à point ou de bout en bout deviendront plus directes, sans nécessiter d'intermédiaires centraux supplémentaires, ce qui renforcera encore l'efficacité. La blockchain présente un autre avantage majeur : elle permet d'établir une confiance numérique fondée sur des algorithmes mathématiques.
On peut imaginer qu'au sein d'une telle architecture interactive et tridimensionnelle, une relation de confiance numérique émergera. Cela permettra d'accroître globalement l'efficacité de l'économie, de réduire les coûts, d'améliorer les performances par rapport aux modèles passés, et de faire progresser plus rapidement la société et l'économie dans leur ensemble.
Question 2 : Où se situe la Chine dans la recherche et l'application mondiales de la blockchain ?
Li Lihui : Après dix ans de développement, la technologie blockchain en est encore à un stade précoce d'application. Certains cas d'usage commercial à grande échelle existent, mais leur portée reste globalement limitée. De nombreuses applications conservent par ailleurs un caractère expérimental.
Pour résumer l'état actuel en une phrase : la technologie blockchain n'est pas encore pleinement mature ; les goulots d'étranglement qui entravent son déploiement à grande échelle et fiable doivent encore être levés. Nous nous trouvons donc à une période charnière, riche d'opportunités pour l'innovation technologique et industrielle autour de la blockchain.
La blockchain s'appuie sur plusieurs innovations technologiques fondamentales, comme les réseaux pair-à-pair (P2P) ou certains algorithmes cryptographiques, qui sont des technologies composantes relativement matures. Cependant, leur intégration fait émerger de nouvelles exigences. La blockchain comporte aussi des technologies spécifiques, comme les algorithmes de consensus et les contrats intelligents, qui doivent elles aussi être perfectionnées pour répondre aux besoins d'applications à grande échelle et fiables, et ainsi atteindre une pleine maturité.
En Chine, l'application de la blockchain — ou d'autres technologies numériques — présente une caractéristique majeure : le marché est extraordinairement vaste. Dans un tel environnement, toute innovation ou application technologique numérique doit satisfaire à des exigences élevées de forte concurrence simultanée (« high concurrency »). C'est précisément vers cet objectif que devront converger les efforts futurs pour innover, améliorer et faire mûrir la technologie blockchain.
Question 3 : Partagez-vous l'idée selon laquelle « l'ère de la blockchain est arrivée » ?
Li Lihui : Je suis partagé. Il ne faut pas se focaliser exclusivement sur une seule technologie numérique, qu'il s'agisse de la blockchain ou du Big Data. À mon sens, nous entrons dans une ère des technologies numériques, une ère de l'économie numérique.
Cette ère est en train d'advenir, et son avènement s'accélère. Aucune technologie numérique isolée ne peut suffire : la blockchain doit être étroitement combinée et intégrée à l'intelligence artificielle, au Big Data et au cloud computing pour déployer pleinement son potentiel et son efficacité, et ainsi répondre aux besoins futurs de la société et de l'économie.
Question 4 : Dans un contexte d'engouement persistant pour la blockchain, comment considérer la spéculation sur les cryptomonnaies ?
Li Lihui : Il faut distinguer le Bitcoin de la blockchain. En 2009, le Bitcoin a été lancé sur une plateforme blockchain en tant que « monnaie virtuelle ». En parler, c'est effectivement évoquer une monnaie virtuelle. Or, celle-ci souffre de deux défauts majeurs : sur le plan technique, elle repose sur une blockchain publique. Dans l'architecture décentralisée de cette dernière, les cryptomonnaies comme le Bitcoin présentent une faible efficacité transactionnelle et une vitesse très lente, incapables de répondre aux exigences d'applications à grande échelle.
Par ailleurs, les monnaies virtuelles comme le Bitcoin font l'objet d'une spéculation excessive, ce qui empêche leur adoption généralisée comme moyen de paiement intégré à la vie sociale ou comme forme monétaire légitime. En raison de ces problèmes inhérents, des phénomènes de spéculation et de surenchère sont apparus à l'échelle mondiale, y compris en Chine. Un renforcement de la régulation dans ce domaine est donc indispensable. La sécurité de toute nouvelle technologie en développement doit être étroitement surveillée. De plus, tout nouveau concept peut être instrumentalisé par la spéculation, ce qui exige une vigilance particulière pour garantir un développement sain et durable des innovations.
À mon avis, toute activité susceptible d'engendrer des risques technologiques, financiers ou systémiques significatifs doit faire l'objet d'une régulation stricte. Nous ne pouvons absolument pas tolérer, dans un pays aussi vaste que la Chine, l'apparition de risques financiers globaux ou systémiques — c'est d'ailleurs la ligne rouge de la régulation financière dans la plupart des pays.
Parallèlement, nous devons veiller à protéger et à favoriser l'expérimentation, l'innovation et le développement des nouvelles technologies, et créer un environnement plus propice à leur essor et à leur déploiement à grande échelle.
Question 5 : La Conférence centrale sur les travaux économiques appelle à « accélérer la réforme du système financier ». Quel r��le les technologies numériques peuvent-elles jouer dans ce domaine ?
Li Lihui : L'approfondissement de la réforme du système financier est crucial pour le développement du secteur en Chine. Deux aspects me semblent particulièrement essentiels. Premièrement, cette réforme doit s'adapter à la tendance actuelle d'application des technologies numériques dans la finance, ou d'innovation financière. Que ce soit en matière de gestion, de régulation ou même d'architecture globale du marché financier, il convient de s'ajuster à la nouvelle ère des technologies et de l'économie numériques. C'est un travail primordial.
Deuxièmement, le nombre d'acteurs et de professionnels sur le marché financier va continuer d'augmenter : aux côtés des grandes institutions financières publiques et des banques de taille moyenne ou petite, d'autres acteurs financiers de taille modeste vont se développer. De plus en plus d'entreprises technologiques pourraient également exercer des activités financières ou para-financières, voire naviguer dans des zones grises.
À mesure que le nombre d'acteurs augmente, le système financier dans son ensemble aura besoin d'une efficacité opérationnelle et d'une coordination accrues, ainsi que d'une régulation plus complète et rigoureuse. À l'avenir, l'innovation fintech offrira une nouvelle perspective pour la régulation financière : utiliser les technologies numériques pour en améliorer l'efficacité, en réduire les coûts, ainsi que ceux supportés par les entités régulées. L'objectif est de maintenir les risques financiers potentiels à un niveau bas et de garantir un développement plus sain et fluide du secteur.
Ce n'est qu'ainsi que le secteur financier pourra pleinement remplir sa mission première : mieux servir l'économie réelle et lui créer davantage de valeur.
