拥抱Web3.0,技术堆栈下的范式转变与投资展望

Adopter le Web3.0 : changement de paradigme sous-jacent dans la pile technologique et perspectives d’investissement

BroadChainBroadChain01/01/2020 10:55
Ce contenu a été traduit par IA
Résumé

Le Web3.0 redonnera aux utilisateurs le contrôle de leur identité et de leurs données, accélérant la transition d’internet vers un paradigme décentralisé, piloté par des communautés open source. L’innovation au sein de la pile technologique générera de nouveaux modèles économiques, brisant les monopoles des plateformes ; bien que cela puisse s’accompagner de bulles spéculatives, les infrastructures distribuées jetteront les bases d’un nouveau fondement sectoriel.

Source  |  IOSG  Ventures Auteur | Jocy & Ray

Points clés

1. Dans l'écosystème Web 3.0, les utilisateurs reprendront le contrôle de leur identité et de leurs données. Les géants du Web actuel bénéficient d'obstacles structurels puissants — coûts de changement élevés, effets de réseau et expérience utilisateur rodée — qui ne seront pas balayés du jour au lendemain. Cependant, la quête des utilisateurs pour un contrôle réel, bien que timide aujourd'hui, finira inévitablement par s'embraser.

2. L'application « killer » de la blockchain n'émergera pas d'une entreprise, mais d'une communauté open source répondant à des besoins utilisateurs concrets. Le Web 3.0 marquera ainsi le passage d'un modèle centré sur le produit à un modèle centré sur l'utilisateur, bâti sur des produits open source. Sa pile technologique (« tech stack ») forme l'ossature des projets blockchain ; une multitude de protocoles modulaires open source compose son écosystème applicatif, tandis qu'une culture communautaire ouverte, transparente, inclusive et collaborative en deviendra le ciment.

3. Chaque transformation industrielle majeure a été portée par une innovation technologique open source. Chaque vague d'innovation suit un schéma similaire : décentralisation du marché, phase d'expansion explosive, puis consolidation — un cycle perpétuel. Nous sommes convaincus que l'innovation du Web 3.0 déclenchera à son tour une révolution.

4. À l'aube du cycle technologique du Web 3.0, les systèmes distribués, la cryptographie et les smart contracts imprègnent notre quotidien, entraînant le secteur dans une phase de bulle spéculative effrénée. L'afflux de capital spéculatif précède toujours celui du capital productif (créateur de valeur utilitaire), provoquant une inflation continue des prix des actifs jusqu'à l'inévitable correction. Pourtant, les infrastructures technologiques qui émergeront constitueront la nouvelle valeur par défaut du secteur, et de nombreuses plateformes d'applications spécialisées verront le jour durant ce cycle.

I. Lire l'avenir à travers les cycles des marchés technologiques

L'innovation open source, moteur des transformations industrielles

Ère du matériel (Hardware Era) — L'ordinateur open source : Dans les années 1970, IBM, par son influence technologique, jette les bases de l'industrie informatique et contribue indirectement à l'avènement de l'ordinateur personnel, ouvrant la voie à Microsoft et Apple.

Ère des logiciels (Software Era) — Le logiciel open source : Dans les années 1990, Microsoft lance Windows 1.0, un système d'exploitation plus abordable. En cinq ans, évoluant d'une inspiration tirée de Mac OS, il aboutit à Windows 3.0, offrant la meilleure compatibilité PC. Microsoft redéfinit ainsi l'ère du logiciel. L'explosion du marché des PC stimule la demande en logiciels, conférant aux plateformes logicielles une valeur commerciale inédite. Microsoft établit le modèle économique et les règles du jeu de l'industrie, générant des revenus colossaux grâce à un écosystème intégré.

Ère des réseaux (Networks Era) — La diffusion gratuite de contenus : Au tournant du millénaire, après l'éclatement de la bulle Internet, émergent certaines des entreprises les plus influentes d'aujourd'hui : Google, Amazon, Facebook, eBay, Twitter, PayPal, Netflix. Leur ascension consacre un nouveau modèle économique pour Internet, passant de la vente de logiciels (Microsoft) à un modèle entièrement en ligne.

Dans une concurrence florissante, Google, Facebook et Amazon finissent par dominer. Leur atout principal ? Les données utilisateurs. Ils en extraient des éléments à haute valeur ajoutée (comportements, préférences) pour monétiser via d'autres canaux (publicité), étendant considérablement leur empire. Ce modèle favorise également une intégration industrielle menée par ces géants, grâce à leurs économies d'échelle et ressources stratégiques.

Ère du mobile (Mobile World) — Les applications mobiles open source : À partir de 2010, l'essor d'iOS et d'Android sur mobile bouleverse la domination de géants comme Google, eBay ou Amazon. Une nouvelle génération d'entrepreneurs se rue pour inventer divers modèles économiques mobiles.

Cette période voit naître des applications et plateformes à succès, dont les géants chinois du mobile comme WeChat et ByteDance. Leur force réside dans l'analyse fine, via l'IA, des algorithmes et du big data, des données utilisateurs capturées. Cela permet de cibler avec précision les clients potentiels, d'explorer leurs besoins en profondeur et de monétiser efficacement ces insights.

Apple, quant à lui, instaure un véritable modèle économique centré sur l'utilisateur. Contrairement aux entreprises IT traditionnelles, souvent axées sur la technologie, Apple part des émotions et besoins des utilisateurs, y ajoute son savoir-faire technique, et propose ainsi des produits et services plébiscités, construisant un écosystème performant autour d'eux.

Comme l'illustrent les graphiques 1 et 2, de l'ère du matériel à l'ère mobile actuelle, chaque transformation industrielle a été impulsée par une innovation open source. Chaque vague suit un schéma similaire : décentralisation, expansion, puis consolidation — un cycle perpétuel.

II. Du Web 2.0 au Web 3.0 : la blockchain réinvente les rapports de production et les formes d'organisation

1. La promesse du Web 3.0 : construire un réseau décentralisé et sans confiance

À l'ère du Web 2.0, le paradigme du « contenu généré par les utilisateurs » atteint une limite critique : les données des utilisateurs, leurs créations et même la logique du réseau sont contrôlés par une seule entité (une entreprise). La sécurité, la confidentialité et la valeur intrinsèque des données utilisateurs sont ainsi menacées et largement négligées. L'architecture du Web 3.0 vise à résoudre ce problème fondamental.

Nous pensons que la vision du Web 3.0, affinée sur dix ans, représente aujourd'hui un idéal mature : construire un Internet distribué pour créer un écosystème anti-monopole, interopérable, respectueux de la vie privée et coopératif — réalisant ainsi pleinement la décentralisation.

2. Le Web 3.0 : un Internet distribué

En 2014, Gavin Wood, cofondateur d'Ethereum et fondateur de Polkadot, introduit pour la première fois le concept de « Web 3.0 ». Il imagine un réseau pair-à-pair permettant des interactions mutuellement bénéfiques sans besoin de confiance préalable, rendant possible une véritable décentralisation via des technologies de messagerie et de publication de données. Ethereum, qualifiée de « pierre angulaire du Web 3.0 », a partiellement réalisé cette vision. Malgré des limites techniques de scalabilité, l'idée centrale de Gavin Wood demeure : « La centralisation ne peut durablement s'imposer dans le d��veloppement sociétal, et les institutions traditionnelles, trop lourdes, sont incapables de résoudre de nombreux problèmes. »

Observons maintenant la communauté Bitcoin (BTC), née en 2009. En dix ans, la vision de ses membres et développeurs — voire de tout l'écosystème Web 3.0 — a notablement évolué, parfois divergé, conduisant à des scissions et orientations stratégiques distinctes. Nic Carter, fondateur de Castle Island Ventures, a analysé les différentes perceptions du BTC par la communauté crypto sur cette décennie (voir figure 3) : « preuve de concept de monnaie électronique » (la première), « réseau de paiement pair-à-pair à faible coût », « or numérique résistant à la censure », « jeton anonyme pour le dark web », « réserve de valeur pour la crypto », « base de données partagée programmable », « actif financier non corrélé ».

L'évolution des définitions du BTC — et des cryptomonnaies en général — explique en partie les motivations derrière ces divergences. Un exemple emblématique est l'incompatibilité entre la vision d'un « réseau de paiement à faible coût » et celle d'un « or numérique », qui a conduit à la scission de la communauté BTC en août 2017. Carter souligne aussi une divergence majeure entre la vision d'un protocole BTC axé sur la confidentialité et celle d'une blockchain transparente soutenue par beaucoup.

3. Le Web 3.0, une transformation radicale

En 2018, la société américaine de santé connectée 23&Me lance un test génétique salivaire, proposant un rapport complet pour seulement 99 USD — un prix dérisoire face aux milliers de dollars habituels. Cependant, 23&Me revend ensuite massivement les données utilisateurs à des entreprises pharmaceutiques ou du big data, compensant ses pertes en B2C par les revenus de la revente de données. Les revenus tirés des données n'ont aucun lien avec les contributions des utilisateurs eux-mêmes.

Imaginons que 23&Me opère dans le monde blockchain : les utilisateurs conserveraient la pleine propriété de leurs données et pourraient en accorder l'accès, sous licence, à d'autres entreprises. Ces dernières paieraient alors une partie des futurs revenus générés (sous forme de tokens), permettant aux utilisateurs de percevoir des revenus liés à la réutilisation de leurs données. De plus, les résultats de recherche des entreprises pharmaceutiques seraient accessibles aux utilisateurs en toute transparence. Voilà la différence fondamentale entre une entreprise Web 2.0 et une entreprise Web 3.0.

Un écosystème Web 3.0 distribué apportera des changements révolutionnaires. Kevin Kelly, dans son ouvrage « Out of Control », expose les avantages des systèmes distribués :

(1) Analogie avec l'essaim : des individus (abeilles) sans intelligence supérieure peuvent, collectivement, former une structure auto-organisée où chaque membre est égal ;

(2) Une organisation distribuée est bien plus résiliente face aux risques qu'une organisation centralisée ;

(3) Dans une auto-organisation distribuée, la conscience du système émerge « du bas vers le haut », garantissant un haut degré de démocratie ;

(4) Une organisation distribuée évite efficacement que la corruption ou d'autres facteurs négatifs affectant un nœud central ne nuisent à l'ensemble du système.

Les fuites de données et les risques liés à la concentration extrême du Web sont des enjeux majeurs. Le Web 3.0 vise donc à concurrencer directement le monopole numérique actuel, en rassemblant de nombreux projets pour constituer une infrastructure et des plateformes modernes, décentralisées, permettant des services pair-à-pair. Comme l'écrit Gavin Wood : « Le Web 3.0 donnera naissance à une nouvelle économie numérique mondiale, créera de nouveaux modèles commerciaux, brisera les monopoles de plateformes comme Google et Facebook, et générera une multitude d'innovations « bottom-up ». Les attaques à bas coût contre notre vie privée — collecte de données, censure, propagande — deviendront ainsi bien plus difficiles. »

III. La décentralisation de la pile technologique : les opportunités d'investissement dans l'architecture technique

Le principe de décentralisation, pilier du Web 3.0, repose sur une pile technologique décentralisée. Bien que son développement rencontre encore des défis majeurs de scalabilité et de sécurité, c'est précisément la résolution de ces défis qui constitue l'enjeu le plus passionnant.

1. La pile centrale (Core Stack)

La pile centrale est le socle technique indispensable à tout l'écosystème blockchain. Elle comprend deux catégories : les infrastructures fondamentales de la blockchain, et les composants techniques essentiels au développement d'applications décentralisées (dApps).

Nous présentons ici les composants les plus influents et essentiels, avec une brève analyse de leur état de développement et de leur degré de décentralisation.

Nos composants centraux identifiés sont : navigateur de dApps (Dapp Browser), hébergement d'applications (Application Hosting), couche de requêtes (Query Layer), machine de transition d'état (State Transition Machine), couche de consensus (Consensus), couche réseau pair-à-pair (P2P Layer).

01 Navigateur d'applications décentralisées (Dapp Browser)
Projets représentatifs : Mist, MetaMask, Coinbase Wallet, Trust Wallet, imToken

02 Hébergement d'applications (Application Hosting)
Projets représentatifs : IPFS, Swarm

03 Couche de requêtes (Query Layer)
Projets représentatifs : Chainlink, Band Protocol

04 Machine de transition d'état (State Transition)
Machine virtuelle Ethereum (EVM) — Ethereum 1.0, Ethermint, Hashgraph, WANchain, etc.
Machine virtuelle WebAssembly (WASM) — Dfinity, EOS, Polkadot, Ethereum 2.0
Accès direct à LLVM — Cardano, Solana
Machines de transition d'état personnalisées : Kadena, Tezos, RChain, Coda

05 Couche de consensus (Consensus Layer)
Projets représentatifs : PoW, PoS, DPoS

06 Couche réseau pair-à-pair (P2P Layer)
Projets représentatifs : Libp2p, Devp2p

2. La pile centrale étendue (Extended Core Stack)

Ces composants techniques, bien que ne faisant pas partie de la chaîne de base ni strictement indispensables au développement de dApps, pourraient très probablement devenir des éléments centraux de la pile de développement future. Ils constituent donc des domaines prometteurs pour les investisseurs.

(1) Chaînes latérales (Sidechains)
Le cas le plus remarquable sur Bitcoin est celui de Drivechains et de Liquid. Dans l'écosystème Ethereum, les exemples principaux sont le cadre Plasma (notamment SKALE), les récents « Rollup proofs » lancés par la Fondation Ethereum, ainsi que Cosmos Ethermint.

(2) Réseaux de canaux de paiement et d'état (Payment Channel and State Channel Network)
Blockstream a lancé le réseau Lightning en 2015. Dans l'écosystème Ethereum, on retrouve Raiden, Loom et Celer.

(3) Protocole Interledger (Interledger Protocol, ILP)
Ripple utilise le protocole Interledger pour relier les systèmes bancaires transfrontaliers. Kava, quant à lui, utilise cette technologie pour construire, sur Cosmos, une plateforme DeFi supportant des actifs comme XRP, BNB et ATOM.

(4) Bases de données structurées immuables (Immutable Structured Databases)
De nombreuses équipes, comme BigchainDB, OrbitDB et Bluezelle, développent des bases de données structurées immuables en tant que chaînes autonomes et sans permission. L'usage de ces bases de données améliore significativement les performances, et les développeurs pourraient les utiliser nativement — par exemple, une équipe comme SKALE pourrait les intégrer comme chaînes Plasma.

(5) Preuves à divulgation nulle (Zero-knowledge Proof)
Les deux technologies les plus représentatives sont ZK-SNARK et ZK-STARK. Leurs projets phares sont respectivement Coda et Starkware.

IV. L'émergence de nouveaux modèles économiques dans l'écosystème Web 3.0

La vague technologique de la blockchain a fait émerger une série de nouveaux modèles économiques propres au Web 3.0. Certains sont entièrement inédits, construits sur les technologies fondamentales de la blockchain (infrastructures et protocoles de base). D'autres sont des innovations issues des modèles d'affaires traditionnels du Web 2.0, désormais enrichis par les technologies cryptographiques de la blockchain.

1. Innovations basées sur les modèles économiques traditionnels d'Internet

01

Plateformes décentralisées de partage de contenu – Monétisation & diffusion

Projets représentatifs du Web 2.0 : YouTube, Medium, Tumblr, Netflix

Projets représentatifs du Web 3.0 : Steemit, Alis, HyperSpace, Flixxo

02

Marchés en ligne décentralisés

Projets représentatifs du Web 2.0 : eBay, Amazon, Taobao

Projets représentatifs du Web 3.0 : OpenBazaar, bitJob, CanYa

03

Publicité numérique sur blockchain

Projets représentatifs du Web 2.0 : Facebook Advertising, Google AdWords

Projets représentatifs du Web 3.0 : adChain, AdRealm, Lydian

04

Marchés décentralisés pour le jeu vidéo

Projets représentatifs du Web 2.0 : Steam, Expekt

Projets représentatifs du Web 3.0 : Dmarket, GameCredits

2. Les futurs moteurs du Web 3.0 : Perspectives sur les orientations stratégiques d'investissement

La pile technologique forme le squelette d'un projet blockchain, tandis que les jetons (tokens) en sont le sang et la chair, assurant la dynamique de tout l'écosystème. Ce modèle économique fondé sur la tokenisation émerge naturellement et bouleverse radicalement les logiques traditionnelles de génération de revenus.

01

Modèle à double jeton (Dual token model)

Projet représentatif : MakerDAO (jetons : MKR/DAI)

02

Jetons de gouvernance (Governance tokens)

Projets représentatifs : 0x Protocol, Aragon, DAOstack

03

Jetons de titres (Tokenised securities)

Projet représentatif : AlphaPoint

04

Fonctionnalités transactionnelles payantes (Transaction features)

Projets représentatifs : bloXroute, Aztec

05

Apport technologique contre jetons (Tech 4 Tokens)

Projet représentatif : Starkware

06

Fournisseurs d'interfaces utilisateur (UX/UI)

Projets représentatifs : Veil & Guesser, Balance

07

Services réseau spécialisés (Network services)

Projets représentatifs : Stake.us, CDP Manager, OB1

08

Fournisseurs de liquidité (Liquidity providers)

Projets représentatifs : Uniswap, Alekmi

V. La blockchain comme catalyseur d'un nouveau paradigme économique : la logique d'investissement dans l'économie crypto

1. L'ère crypto — Vers un monde post-« oligopole des données »

Rétrospectivement, l'évolution du marché des technologies de l'information suit un schéma cyclique récurrent : décentralisation → expansion → consolidation. Après l'ère de l'internet mobile, la prochaine grande vague est celle de l'« ère crypto » — une ère post-« oligopole des données », marquée par l'ouverture des données et la démocratisation de l'information.

En 2009, la création du BTC par Satoshi Nakamoto a discrètement ouvert cette nouvelle ère. Dans ce nouveau paradigme, les données des utilisateurs ne seront plus captives d'acteurs dominants ; la confidentialité et la sécurité des données personnelles seront mieux garanties. Les données seront hébergées de manière décentralisée, résistantes à la censure et immuables, redonnant ainsi aux utilisateurs un contrôle effectif sur leurs propres informations.

À l'ère du Web 2.0, les données des utilisateurs sont fragmentées et stockées dans des serveurs centralisés appartenant à diverses entreprises. Par exemple, les plateformes musicales comme NetEase Cloud Music, Xiami Music ou Spotify ne peuvent pas partager les playlists de leurs utilisateurs. Cette concurrence cloisonnée finit par pénaliser l'utilisateur : lorsque Xiami Music a été racheté, de nombreux utilisateurs ont dû exporter manuellement leurs playlists, ligne par ligne.

Les services internet centrés sur le produit, typiques du Web 2.0, accordent peu d'importance à l'expérience utilisateur concernant les données. Ces plateformes se concentrent sur la construction de « barrières défensives » et de services concurrentiels : Google et Facebook offrent des services gratuits en apparence, mais analysent en réalité les comportements et préférences des utilisateurs pour diffuser des publicités ciblées, augmentant ainsi leur trafic — une pratique qui empiète indirectement sur la vie privée.

À l'ère du Web 3.0, le paradigme internet centré sur le produit disparaîtra progressivement. Grâce à la réorganisation des données utilisateur via des plateformes blockchain, les droits d'utilisation et de gestion reviendront pleinement aux utilisateurs. Ces derniers pourront décider librement de l'usage de leurs données : ils pourront autoriser explicitement une institution à les exploiter, à condition que la valeur créée soit partagée équitablement avec eux. À l'ère du Web 2.0, si vous utilisez Baidu et Taobao en Chine, ces entreprises détiennent vos préférences de recherche et une analyse détaillée de votre comportement en ligne, constituant même des « profils cognitifs » à votre sujet. Pourtant, en tant que propriétaire de vos données, vous n'en tirez aucun bénéfice direct. Si Taobao ou Baidu opéraient sur une blockchain, non seulement elles disposeraient de votre profil, mais vous en auriez également une copie identique — vous exerceriez ainsi pleinement vos droits de gestion et d'utilisation sur vos propres données.

2. Comprendre l'ère crypto à travers la théorie de la transition des paradigmes techno-économiques

La théoricienne Carlota Perez, après avoir étudié les révolutions technologiques depuis la R��volution industrielle, a formulé la notion de « transition des paradigmes techno-économiques » et la théorie des « grandes vagues » (Great Surges). Selon elle, chaque révolution technologique suit un cycle en quatre phases : irruption (Irruption), frénésie (Frenzy), synergie (Synergy) et consolidation (Consolidation).

Comme l'illustre la figure 5, notre époque correspond étroitement à ce modèle : le marché des crypto-actifs est entré en phase d'irruption avec l'apparition du BTC en 2009, puis a atteint une frénésie irrationnelle en 2017-2018. Le pic de la bulle s'est produit au premier semestre 2018, suivi d'un effondrement brutal au second semestre. Fin 2019, on peut raisonnablement anticiper qu'après un retour à la rationalité tout au long de l'année, 2020 marquera une recomposition sectorielle et une synergie accrue, conduisant progressivement vers une période de développement stable et durable.

3. Analyser l'innovation disruptive de l'ère crypto via la théorie des coûts et de la répartition de la valeur

Comme mentionné précédemment, dans l'ère crypto, les jetons remplaceront progressivement les approches centralisées des géants du Web 2.0 pour le traitement de l'information. Grâce à des incitations financières applicables à l'échelle du réseau, ils permettront de réduire significativement les coûts de construction et d'extension des réseaux d'information. Mais comment les réseaux crypto parviennent-ils à abaisser drastiquement les coûts de production de l'information ?

Nous nous appuyons sur la théorie de Joel Monegro comparant le « modèle du Web (Web 2.0) » et le « modèle des services crypto (Web 3.0) ». Le quadrant de la figure 5 met en regard les différences entre ces deux modèles selon deux dimensions clés : mode de production (centralisé vs décentralisé) et mode d'hébergement des données (hébergé vs non hébergé).

Comme le montre la figure 6, le modèle de service du Web 2.0 repose sur une structure des coûts et une répartition de la valeur entièrement centralisées. Des entités comme Google ou Facebook gèrent l'ensemble du cycle de vie de leurs services et contrôlent toutes les données générées par leurs utilisateurs. Elles supportent l'intégralité des coûts de production des données (construction de centres de données, R&D, etc.). Bien entendu, cela leur permet aussi de capter la valeur : elles exploitent les informations collectées pour générer une immense valeur commerciale.

Le modèle des services crypto (Web 3.0), quant à lui, combine un mode de production décentralisé avec un hébergement non centralisé des données. Les réseaux crypto incitent des milliers de nœuds indépendants à travers le monde, via un protocole cryptoeconomique partagé, à « coproduire les services », répartissant ainsi les coûts de production sur une base bien plus large. On peut voir cela comme un « accord de franchise numérique » : ce mode permet aux économies numériques crypto de se déployer à l'échelle mondiale, à la manière de McDonald's, mais avec une gouvernance coopérative et une existence purement numérique. En appliquant le principe selon lequel « la valeur suit les coûts », cette structure de coûts distribuée devient une structure d'investissement distribuée. Les réseaux crypto déplacent les coûts vers la périphérie du réseau et coordonnent cette répartition via des jetons. Les contributeurs open source et les réseaux de nœuds supportent les coûts de développement et de production, tandis que les utilisateurs assument la responsabilité de leurs propres données. L'utilisation des jetons ajoute une troisième dimension : la capitalisation décentralisée (Decentralized Capitalization). Chaque utilisateur qui achète, détient ou utilise un jeton participe activement à la capitalisation du réseau et assume une part des coûts associés à ses services. Ainsi, à mesure que le réseau se développe, les utilisateurs bénéficient directement de l'appréciation de la valeur de leurs jetons.

Selon la théorie de Joel Monegro, le Web 3.0 présente un avantage clair sur le Web 2.0 en matière de structure des coûts et de répartition de la valeur, qui sont nettement plus distribuées. Selon les principes de l'économie classique, puisque les marchés tendent à répartir la valeur selon la courbe des coûts, une structure des coûts plus distribuée implique que la valeur des données sera répartie plus largement et plus équitablement entre tous les participants.

VI. La logique d'investissement à long terme d'IOSG Venture

01

Phase initiale — Identification des opportunités

Notre stratégie de sourcing et de sélection des opportunités d'investissement s'appuie sur une recherche académique approfondie et sur les besoins émergents des communautés de développeurs. Lorsque le cycle technologique du Web 3.0 démarre, les systèmes distribués, la cryptographie et les smart contracts pénètrent la vie quotidienne, entraînant le secteur vers une phase de bulle spéculative. Dans ce contexte, les capitaux spéculatifs affluent plus vite que les capitaux productifs, provoquant une inflation des prix des actifs jusqu'à un « effondrement » inévitable. Cependant, les technologies d'infrastructure continueront de s'imposer comme les nouvelles références du secteur, tandis que de nombreuses plateformes d'applications spécialisées émergeront massivement. Il est donc essentiel pour nous d'identifier et de capturer à la fois la valeur industrielle et la valeur d'investissement tout au long du cycle. Lors de la sélection initiale, nous accordons une attention particulière à trois critères :

(1) Protocoles ouverts, décentralisés et sans friction (applications à grande échelle, sécurité, mécanismes de consensus) ;

(2) Une conception économique de jetons rare et efficace, capable de coordonner l'écosystème communautaire (système d'allocation équitable, valorisation des jetons par des cas d'usage concrets) ;

(3) Des protocoles décentralisés répondant aux besoins réels des utilisateurs — voire les créant — et améliorant leur expérience, notamment via des interfaces utilisateur intuitives.

02

Phases intermédiaires et finales — Développement conjoint avec les projets

IOSG considère qu'établir des relations étroites avec les équipes fondatrices dès le départ est crucial. Nous privilégions les investissements qui nous permettent de collaborer activement avec les équipes pour construire ensemble des écosystèmes communautaires décentralisés, et nous nous engageons à devenir des membres actifs de ces communautés. Cette approche collaborative présente trois avantages majeurs :

(1) Au fur et à mesure de l'évolution du marché, nous grandissons avec les entrepreneurs, affinant ainsi continuellement notre stratégie d'investissement. Une connaissance ouverte, combinée au partage transparent de nos analyses sectorielles, attire des entrepreneurs de haut niveau et favorise la constitution d'une communauté solide.

(2) Nous reconnaissons les atouts à long terme des fondateurs en phase initiale, notamment dans la conception de protocoles ouverts, l'économie des jetons, la stratégie de développement et la gouvernance communautaire. Offrir un soutien direct dans ces domaines est crucial. Il est donc essentiel de sélectionner des fondateurs dotés d'un leadership fort et de compétences éprouvées en gestion communautaire. Compte tenu du caractère open source des réseaux crypto — jusqu'à la couche données —, des concurrents peuvent facilement forker l'ensemble du réseau. Si un initiateur de sous-communauté parvient à recruter une partie des membres pour développer son propre réseau, le protocole d'origine risque de perdre rapidement des parts de marché.

(3) Gouvernance ouverte, transparente, inclusive et collaborative : Ethereum et MakerDAO publient activement des informations sur leurs concurrents pour permettre une meilleure compréhension du secteur. Impliquer la communauté dans la conception des protocoles et les processus décisionnels, et lui octroyer un véritable pouvoir via des mécanismes de gouvernance appropriés, est la clé pour bâtir une communauté fidèle et engagée.

VII. Annexe — Bibliographie

[1] Max Mersch. Which New Business Models Will Be Unleashed By Web 3.0?[EB/OL]. https://medium.com/fabric-ventures/which-new-business-models-will-be-unleashed-by-web-3-0-4e67c17dbd10, 2019-04-25.

[2] Gavin Wood. Why We Need Web 3.0[EB/OL]. https://medium.com/@gavofyork/why-we-need-web-3-0-5da4f2bf95ab, 2018-09-13.

[3] Max Mersch. An (Entrepreneurial) Investor’s Take on the Utility of Tokens beyond Payment[EB/OL]. https://medium.com/fabric-ventures/an-entrepreneurial-investors-take-on-the-utility-of-tokens-beyond-payment-ccef1d5bb376, 2018-07-02.

[4] Trent McConaghy. Blockchain Infrastructure Landscape : A First Principles Framing [EB/OL]. https://medium.com/@trentmc0/blockchain-infrastructure-landscape-a-first-principles-framing-92cc5549bafe, 15 juillet 2017.

[5] Josh Stark. Making Sense of Web 3 [EB/OL]. https://medium.com/l4-media/making-sense-of-web-3-c1a9e74dcae, 7 juin 2018.

[6] Aashish Sharma. The Web 3.0 : The Web Transition Is Coming [EB/OL]. https://hackernoon.com/the-web-3-0-the-web-transition-is-coming-892108fd0d, 24 août 2018.

[7] Smit Maurya. Embracing Web 3.0 : The New Internet Era Will Begin Soon [EB/OL]. https://hackernoon.com/embracing-web-3-0-the-new-internet-era-will-begin-soon-630ff6c2e7b6, 22 janvier 2019.

[8] Kyle Samani. The Web3 Stack [EB/OL]. https://multicoin.capital/2018/07/10/the-web3-stack/, 30 juillet 2018.

[9] Nic Carter. Visions of Bitcoin [EB/OL]. https://medium.com/@nic__carter/visions-of-bitcoin-4b7b7cbcd24c, 30 juillet 2018.

[10] Uri Klarman, Soumya Basu, Aleksandar Kuzmanovic, et al. bloXroute : A Scalable Trustless Blockchain Distribution Network WHITEPAPER [R]. Evanston, Illinois, États-Unis : bloXroute Labs Inc., 2018.

[11] Steve Ellis, Ari Juels, Sergey Nazarov. ChainLink : A Decentralized Oracle Network [R]. Grand Cayman, Îles Caïmans : Chainlink, 2017.

[12] Kerman Kohli. What's MakerDAO and what's going on with it ? Explained with pictures. [EB/OL]. https://hackernoon.com/whats-makerdao-and-what-s-going-on-with-it-explained-with-pictures-f7ebf774e9c2, 11 mars 2019.

[13] Joel Monegro. Web Vs. Crypto Service Models [EB/OL]. https://www.placeholder.vc/blog/2019/8/19/web-vs-crypto-service-models-cost-structures-and-value-distribution, 19 août 2019.

[14] Carlota Perez. Technological Revolutions and Financial Capital : The Dynamics of Bubbles and Golden Ages [M]. Edward Elgar Publishing Ltd : Cheltenham, Royaume-Uni, 2003 : 18.

[15] Kerman Kohli. What's MakerDAO and what’s going on with it ? Explained with pictures. [EB/OL]. https://kermankohli.com/post/2019-03-13-makerdao-whats-going-on.html, 13 mars 2019.